La comète Tchouri livre ses premiers secrets

Plus de 6 mois après l'atterrissage mouvementé du robot Philae sur la comète Tchouri, les instruments qui composent l'atterisseur ont enfin pu livrer leurs premières conclusions. Et notamment COSAC, l'instrument d'analyse chimique développé par l'équipe de Uwe Meierhenrich à l'Institut de Chimie de Nice. Toutes ces analyses ont été publiées dans la prestigieuse revue "Science" parue le 31 juillet.
La comète Tchouri livre ses premiers secrets

Uwe Meierhenrich (Crédit Photo : Aurélie Macarri - Service Communication UNS)

La mission Rosetta de l'ESA a offert, grâce à l’atterrissage du module Philae, une opportunité exceptionnelle : celle de l’étude in situ d’un noyau cométaire (de sa surface à sa structure interne), 67P/Tchourioumov-Guérassimenko (alias Tchouri). Elle est susceptible de faire progresser la compréhension de ces petits corps célestes témoins des origines du système solaire. Les mesures réalisées du 12 au 14 novembre 2014 (pendant les 63 heures qui ont suivi sa séparation d’avec Rosetta) par les dix instruments de l’atterrisseur Philae ont complété les observations effectuées par l’orbiteur Rosetta. Et son arrivée mouvementée sur la comète a même été source d’informations supplémentaires.

 

L'équipe dirigée par Uwe Meierhenrich à l'Institut de Chimie de Nice (UNS/CNRS) a conçu COSAC (Cometary sampling and composition experiment), un des plus importants appareils contenus dans ce robot qui a pour mission l’analyse chimique de certaines matières organiques du noyau de la comète, peut-être à l’origine de la vie sur la Terre. Vingt-cinq minutes après le contact initial de Philae avec le noyau de la comète, COSAC a réalisé une première analyse chimique, en mode « renifleur », c’est-à-dire en examinant les particules entrées passivement dans l’appareil. Ces particules proviennent vraisemblablement du nuage de poussière produit par le premier contact de Philae avec le sol. Seize composés ont pu être identifiés, répartis en six classes de molécules organiques*. Parmi eux, quatre sont détectés pour la première fois sur une comète**.

Ces molécules sont des précurseurs de molécules importantes pour la vie (sucres, acides aminés, bases de l’ADN…). Mais la présence éventuelle de ces composés plus complexes n’a pas pu être identifiée sans ambigüité dans cette première analyse. Par ailleurs, quasiment toutes les molécules détectées sont des précurseurs potentiels, produits, assemblages, ou sous-produits les uns des autres, ce qui donne un aperçu des processus chimiques à l’œuvre dans un noyau cométaire et même dans le nuage protosolaire en effondrement, aux premiers temps du système solaire.

"Deux heures après l'atterrissage nous avons également enregistré d'autres données (426 autres spectromasses) et travaillons sur leur interprétation", nous confie Uwe Meierhenrich ; "pour le moment la communication avec Philae n'est pas de très bonne qualité mais nous espérons avoir bientôt un temps de télécommunication suffisamment long pour pouvoir envoyer et recevoir des informations et faire de nouvelles photos. Normalement la position la plus favorable se situera vers la mi août jusqu'aux mois de septembre et octobre. Affaire à suivre…".

 

Pour lire l'ensemble du communiqué du CNRS : http://www.insu.cnrs.fr/node/5416

 

* alcools, carbonyles, amines, nitriles, amides et isocyanates

** l’isocyanate de méthyle, l’acétone, le propionaldéhyde et l’acétamide