L'avenir de la recherche en France : constat d'une situation préoccupante

L’avenir de la Recherche en France semble s’être obscurci ces derniers jours. Les annonces faites dans le cadre du projet de loi de finances pour l’année 2015 inquiètent. La programmation du prochain Contrat de Plan Etat Région (CPER) est très alarmante tant la baisse des crédits ouverts par l’Etat est considérable. Sylvie Mellet, Vice-Présidente Recherche à l’UNS, s’exprime à ce sujet et précise comment l’UNS se positionne dans un tel contexte.
L'avenir de la recherche en France : constat d'une situation préoccupante

Sylvie Mellet, Vice-présidente de la Commission Recherche UNS

FIlUNS : L’annonce faite la semaine dernière, du projet de loi de finances pour l’année 2015 annonce une part dédiée à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche (ESR) en hausse de 0,2% par rapport à l’année dernière. Cette annonce ne semble pourtant pas complètement rassurante.
Sylvie Mellet : En effet, concernant l’ESR, l’effort principal de cette loi de finance semble porter sur l’augmentation du nombre de bourses étudiantes et leur revalorisation. C’est un point positif, certes. Mais la très légère augmentation globale du budget dédié à l’ESR (+ 0,2%) est très insuffisante pour maintenir le potentiel de recherche de notre pays.. Le budget 2015 provoque inévitablement une inquiétude grandissante au sein de la communauté scientifique. Par ailleurs, s’il est vrai que les dotations annuelles de fonctionnement des universités sont maintenues, elles ne permettent pas aux établissements de faire face à l’augmentation des charges, ni de libérer les marges de manœuvre nécessaires pour avoir une vraie politique spécifique et pour financer les projets innovants et structurants dont non seulement la recherche et l’enseignement supérieur, mais aussi l’économie de notre pays ont besoin. Le mouvement « Science en marche » l’exprime d’ailleurs très bien : loin de porter des revendications catégorielles, il alerte nos concitoyens sur les menaces qui pèsent sur l’avenir de la recherche française, sur l’avenir de nos jeunes chercheurs, et plus largement sur celui de la France dans la compétition mondiale.
 
FILUNS : La question de l’emploi semble également très préoccupante
Sylvie Mellet : Elle l’est effectivement. En termes d’affichage l’annonce du Ministère de faire le choix de remplacer chaque départ à la retraite, contrairement à ce qui se passe dans la majorité des autres fonctions publiques où seul un départ sur deux est remplacé est évidemment rassurant. Mais le nombre de personnes prenant leur retraite devrait baisser de 30% jusqu’en 2017 et l’âge de départ à la retraite est de plus en plus retardé. L’embauche dans le secteur de la recherche va donc fortement décroître dans les prochaines années. Ce n’est pas rassurant pour nos doctorants. De moins en moins se lancent dans une thèse. Les plus motivés ont peu d’espoir d’accéder à un poste de chercheur tant la pression sur les postes aux concours dans la fonction publique a augmenté au cours de ces dernières années. Le CNRS recrutait 400 chercheurs  en 2010. En 2014, il n’en recrute plus que 300. Bien sûr, les débouchés dans la fonction publique ne sont pas les seuls. Le privé a aussi besoin de compétences de haut niveau. Mais le doctorat y est encore très mal reconnu. L’UNS œuvre  avec énergie pour que ses docteurs soient intégrés aux effectifs d’entreprises du territoire qui ont une forte activité en recherche et développement. L’IMREDD par exemple a su développer ces derniers mois des partenariats forts avec de grandes entreprises et obtenir qu’elles financent des chaires industrielles. Mais ces ressources issues du privé ne peuvent pas compenser l’absence d’une politique publique de programmation pluriannuelle des emplois, seule à même d’assurer le maintien de la recherche française au niveau d’excellence et de notoriété qu’elle a su atteindre.
 
FILUNS : l’UNS et l’ensemble de ses partenaires misent beaucoup sur le prochain Contrat de Projet Etat-Région (2015-2020) pour le développement de projets d’envergure en matière de recherche. L’annonce  officieuse de la liste provisoire des projets retenus pour le prochain CPER ont eu l’effet d’une « bombe »…
Sylvie Mellet : Les annonces concernant le prochain CPER font état d’une baisse très importante de ce financement qui représenterait uniquement 35% du montant des projets réalisés dans le précédent CPER (2007-2013). Ce constat est national. Il a d’ailleurs fait l’objet d’un courrier  envoyé au ministère par la CPU (Conférence des Présidents d’Universités) s’inquiétant de cette baisse généralisée à l’ensemble du territoire
Il est vrai que la liste provisoire des projets susceptibles d’être labellisés et retenus dans ce prochain CPER est pour le moins préoccupante. Les différents projets qui ont été proposés conjointement par l’UNS et l’ensemble de ses partenaires n’y apparaissent que  très partiellement. Les priorités affichées n’ont pas été reprises par le ministère. Elles ont pourtant fait l’objet d’une forte concertation avec tous les acteurs du territoire, conformément à ce qui était préconisé par celui-ci. L’UNS n’a pas ménagé ses efforts pour arriver  à un classement des projets consensuel. Si, pour l’instant, il ne s’agit que de la publication d’une liste provisoire, l’UNS se battra pour que  ses projets voient le jour d’autant qu’ils représentent un objectif partagé par tous les acteurs de l’Enseignement Supérieur et de Recherche du territoire. L’ensemble de ces projets a la chance de bénéficier du soutien des collectivités territoriales, puisque les projets structurants présentés sont en lien étroit avec les projets de ces dernières en matière d’aménagement et de développement du territoire.
 
FILUNS : comment l’Université Nice Sophia Antipolis peut-elle se positionner dans un tel contexte et quelles sont ses chances de poursuivre son développement ?
Sylvie Mellet : Malgré un contexte national plutôt pessimiste, l’UNS se veut positive. Dans le cadre de la recomposition du paysage universitaire français, l’UNS reste sur la carte des 25 sites reconnus par le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en choisissant de se constituer en ComUE avec les principaux acteurs de l’enseignement supérieur du territoire des Alpes Maritimes. Cela va lui permettre de prétendre au financement de projets d’envergure en se portant candidate sur l’appel à projet des IDEX et/ou ISITE. Obtenir un tel programme de financement signifie soutenir une recherche d’excellence grâce à de multiples leviers d’action facilitant la vie de nos laboratoires (bourses post-doctorales, contrats doctoraux, décharge de serviceset CRCT, amélioration des conditions d’accueil des nouveaux recrutés, notamment à l’international, etc.). Nous travaillons d’ores et déjà avec nos partenaires à l’obtention d’un de ces programmes.
Le travail de négociation et de concertation amorcé avec les collectivités territoriales ces dernières années nous permettra de dialoguer avec elles et d’envisager de nouveaux montages financiers pour mener à bien nos projets d’investissement et immobiliers. L’UNS poursuit son lobbying auprès des partenaires institutionnels de l’Université. Elle ne perd pas sa motivation et son énergie pour trouver des solutions et des outils permettant d’aider au développement de ses laboratoires et de ses formations. Cela passe par la recherche de financements mais également par le dialogue et la concertation pour maintenir un objectif partagé entre tous les acteurs de l’ESR du territoire et pour les rassembler autour d’un projet commun.

 

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