L'Institut Biologie Valrose - IBV dans la revue Blood

Hélène Guizouarn et Raphaël Rapetti-Mauss, chercheurs de l’équipe "Régulation des canaux ioniques dans les cancers" dirigée par Olivier Soriani (Institut de Biologie Valrose, Nice) ont identifié la cause moléculaire d’une forme rare d’anémie hémolytique sévère. Cette découverte a fait l'objet d'une publication dans la revue Blood, revue spécialisée en hématologie la plus importante après Nature Immunology.
L'Institut Biologie Valrose - IBV dans la revue Blood

L'équipe du Dr Soriani- crédit photo ©IBV

Les Dr Hélène Guizouarn et Raphaël Rapetti-Mauss, deux chercheurs de l’équipe du Dr. Olivier Soriani (iBV), ont fait une découverte importante dans le domaine de l’hématologie clinique. Issue d’une collaboration avec des chercheurs et des médecins du CNRS, de l’Inserm, des hôpitaux de la Timone et Conception (Marseille), Bicêtre (Paris) et l’Archet (Nice), leurs travaux ont permis d’identifier l’origine moléculaire d’une forme rare d’anémie hémolytique sévère.

Tout commence à Marseille par le diagnostic d’une anémie chez un foetus nécessitant une transfusion in utero. L’histoire familiale montre que plusieurs membres de la famille souffrent eux mêmes d’anémies hémolytiques d’origine inconnue. Le séquençage du génome des membres de cette famille révèle l’existence d’une mutation faux-sens dans le gène codant pour une protéine membranaire très importante dans la physiologie du globule rouge, le canal potassique calcium-dépendant SK4 (KCNN4). Cette protéine, également dénommée canal « Gardos » en référence à l’auteur de sa découverte dans le globule rouge à la fin des années 1950, permet de faire sortir du potassium de la cellule lorsque la concentration intracellulaire en calcium augmente. Ce canal est indispensable au bon fonctionnement du globule rouge dont la tâche essentielle est le transport des gaz respiratoires entre les poumons et le reste de l’organisme. Les chercheurs niçois ont pu montrer que la mutation identifiée chez les patients change les caractéristiques de transport du canal Gardos.

Par rapport à la protéine normale, il faut dix fois moins de calcium pour activer le canal muté et lorsqu’il est activé, ce dernier laisse sortir beaucoup plus de potassium. Ce dysfonctionnement entraine une déshydratation rapide des globules rouges qui perdent leur élasticité et leur capacité à se déformer en réponse aux contraintes physiques qui règnent dans le système vasculaire. Ces globules rouges aux propriétés rhéologiques anormales sont alors rapidement éliminés de la circulation sanguine ce qui se traduit cliniquement par une anémie sévère.

Ce travail représente la première caractérisation d’une mutation du canal Gardos ayant des conséquences cliniques. Pour l’instant, seules deux familles, porteuses de cette mutation et souffrant d’une pathologie chronique invalidante, ont été dépistées en France. Néanmoins, l’identification de la mutation et la compréhension du mécanisme de déshydratation des globules rouges chez ces patients ont permis de définir une méthode de diagnostic qui facilitera à l’avenir le dépistage des altérations fonctionnelles du canal Gardos à partir d’un prélèvement sanguin. Sachant qu’il existe des inhibiteurs du mouvement de potassium à travers ce canal, il est maintenant possible d’envisager des essais cliniques pour mettre au point un traitement des anémies dues à cette mutation.