Parfums Antiques, de l’archéologue au chimiste

Le musée international de la parfumerie accueille une exposition interactive sur les parfums antiques jusqu'au 31 mars 2016. Cette exposition est proposée par Xavier Fernandez, chercheur à l'Institut de Chimie de Nice, et Jean-Pierre Brun, directeur de recherche au CNRS et permet aux visiteurs d'en apprendre plus sur les us et coutumes des civilisations anciennes et sur la reconstitution des parfums antiques.
Parfums Antiques, de l’archéologue au chimiste

Musée international de la parfumerie à Grasse - Crédit photo : Laurie Chiara

Un musée du parfum sans odeurs ce serait comme le Louvre empli de tubes de peinture, de toiles vierges, de chevalets, de pinceaux de toutes les tailles, de modèles vivants mais sans tableaux. Un musée sans histoire, sans genèse d’une « époque », d’un mouvement, ce serait une galerie. Le Musée International de la Parfumerie (MIP), à Grasse, propose ainsi jusqu’au 31 mars 2016 une exposition interactive sur les parfums antiques (1).

Celle-ci illustre la collaboration entre le Professeur Xavier Fernandez, chercheur à l’Institut de Chimie de Nice (Université Nice Sophia Antipolis) et le Professeur Jean-Pierre Brun, directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre Jean Bérard. En croisant leurs expertises, les deux scientifiques et leurs équipes ont rassemblé sur une centaine de mètres carrés une foule d’éléments. À partir de ces « amorces » le visiteur peut plonger tête la première dans les us et coutumes des civilisations anciennes et sentir quelques fragrances reconstituées.

Les panneaux muraux et une interview filmée de Jean-Pierre Brun illustrent comment les fouilles archéologiques ont permis de situer les activités de parfumerie dans la citée, d’identifier les techniques alors mises en oeuvre pour la fabrication des fragrances ou encore de mesurer l’importance des parfums dans la vie sociale passée. Les travaux menés à Pompéi, Herculanum, Paestum, ou Délos témoignent de parfumeries pas très différentes des cuisines, retrouvées près des places publiques, des forums, « là où les gens aimaient se rassembler ». La vente avait généralement lieu sur le site de fabrication, pour le folklore et pour minimiser l’altération du produit.

Dans une seconde vidéo, Xavier Fernandez explique : « on dispose de peu d’éléments à ce sujet, mais les textes laissent penser que la conservation était un problème ». Selon les chimistes, les artisans de l’antiquité ont choisi pour cette raison d’utiliser du miel, des huiles qui rancissent moins vite ou de petits volumes de stockage. Ils se sont également tournés vers des matières premières comme la myrrhe ou le benjoin, des résines anti-oxydantes ou anti-microbiennes. Assez gras, les « parfums » antiques seraient comparables aux huiles de massage actuelles. Pourtant, leur utilisation est alors bien plus large.

Ingrédients perdus et recettes à trous

Les objets mis sous cloche contenaient des parfums servant à communiquer avec les dieux « par la fumée », à les attirer dans les temples, à séduire, à marquer un statut social, à soigner (les herbes sont mises à macérer dans les huiles parfumées), à accompagner les morts vers l’au-delà. Ils se mêlent au vin, aux vêtements, aux murs des maisons. Mais, soudain, dans le Musée International de la Parfumerie, brûleurs, broyeurs et flacons d’époque cèdent la place aux balances de chimie, aux contenants en verre et aux diagrammes imprimés sur papier. Car toute une partie de l’exposition présente les coulisses de la reconstitution des parfums antiques proposés aux narines des visiteurs. Ce dernier apprend ainsi que la chromatographie permet de séparer les composants des résidus trouvés à l’intérieur des flacons. La spectroscopie de masse sert ensuite à identifier ces éléments. Néanmoins, les matières volatiles utilisées dans les mélanges auront disparu depuis des siècles et resteront indétectables. Et ce ne seront pas les seuls « blancs » à déplorer. Si la technique ne fait pas de miracles, la transmission des savoir-faire, l’évolution des connaissances scientifiques ont également introduit des biais.

Aujourd’hui, la façon de décrire les végétaux a considérablement évolué. Les planches de dessins ont disparu, les plantes ne sont plus connues sous le nom du port d’embarquement… Pour compléter la liste des ingrédients utilisés en parfumerie, les chimistes ont donc dû consulter les traités sur les plantes médicinales (notamment ceux de Théophraste et de Dioscoride).

Enfin, ils ont choisi de concentrer leur efforts sur les parfums les plus répandus et ayant perduré le plus longtemps, comme la rose ou le jasmin. Ils ont également écarté ceux dont les matières premières ont disparu ou sont devenues trop rares…. « Néanmoins, on ne peut pas prétendre avoir reconstitué « le » parfum, car il en existait plusieurs variantes, comme en cuisine », précise la voix de Xavier Fernandez. Leur hiérarchisation viendra avec les Grecs, en fonction de la rareté des ingrédients, de la complexité de la formule, ou encore des modes.

Texte : Laurie CHIARA

(1) http://www.museesdegrasse.com/evenement/parfums-antiques- de-larcheologue-au-chimiste