Première mondiale à l'UNS : le test sanguin de dépistage du cancer du poumon

La découverte a eu l'effet d'un incroyable engouement dans la presse nationale et internationale : une équipe de chercheurs niçois vient de mettre au point une technique de dépistage du cancer du poumon. A l'origine de ce raz de marée médiatique la publication d'un article dans la revue scientifique américaine "Plos One". Rencontre avec l'équipe du Pr Hofman à l'origine de cette première mondiale.
Première mondiale à l'UNS : le test sanguin de dépistage du cancer du poumon

L'équipe HOFMAN - IRCAN

Fil UNS : Professeur Hofman, quelle est votre découverte ?

Paul HOFMAN : Nous avons mis au point un processus de dépistage du cancer du poumon au moyen d’une simple prise de sang. Nous avons découvert que, dans une population à risques de patients fortement fumeurs, atteints de bronchopathies chroniques obstructives, le cancer était détectable des mois voire des années avant qu’il soit visible avec des techniques classiques d’imagerie.  Nous détectons la présence de cellules tumorales circulantes très rares dans le sang et jouant le rôle de sentinelles. Nous avons fait la preuve du concept, il reste à présent à le valider statistiquement.

Fil UNS : Comment arrive-ton à une découverte comme celle-ci ?

Paul HOFMAN : On bénéficie d’une infrastructure universitaire / CHU / IRCAN efficace, on est dans un mouvement de centre de recherche avec une structuration qui est très forte, qui offre une aide intellectuelle et « physique » : on a des locaux, un CHU et des patients, des cliniciens extrêmement réactifs. (13 :08) Pour ma part je n’ai pas de patient et sans partenariat avec le pneumologue du CHU de Nice, Le Pr Charles-Hugo Marquette, et les chirurgiens Nicolas VENISSAC et Jérôme MOUROUX le projet ne marche pas, tout pourrait s’effondrer du jour au lendemain. Après il y a une équipe de jeunes qui travaille avec moi, en majorité des CDD que j’essaie de pérenniser chaque année. On a fait une dizaine de papier déjà sur les cellules tumorales circulantes. On maitrisait la technique chez des personnes qui ont déjà un cancer du poumon, on savait que ces sujets ont des « cellules » qui circulent. On s’est posé la question de savoir si des personnes à risque, chez qui le cancer ne s’est pas développé, n’ont pas déjà des cellules qui circulent. Est-ce que le cancer n’existe pas avant qu’on le détecte radiologiquement ? On s’appuyait sur des résultats expérimentaux d’études qui ont été faites sur des souris qui ont déjà des cellules qui circulent et pour lesquelles on n’observait rien au scanner. On sait qu’une cellule qui fait 0,3mm, indétectable à la radiologie peut déjà entrainer des cellules métastatiques. On s’est donc dit, « chez l’homme, peut-être… » et on est parti comme ça en prenant des risques. L’équipe n’est pas énorme, loin de celles que l’on peut trouver dans les pays nord américains mais j’ai autour de moi des personnes extrêmement motivées, une dizaine de personnes qui n’hésitent à prendre sur leur temps pour avancer.

Fil UNS : Quelles sont les étapes suivantes, de quoi avez-vous besoin pour mener le projet à terme et qu’attendez-vous de l’Université ?

Paul HofmanPaul HOFMAN : Je suis Professeur d'Université Patricien Hospitalier et mon employeur est l’université. J’appartiens au laboratoire IRCAN sous triple tutelle UNS/INSERM/CNRS. Ayant vécu aux Etats-Unis pendant 5 ans, je suis influencé par cette dimension universitaire, là bas c’est l’université qui pilote et maitrise tout. En France on n’a pas encore cette mentalité mais cela semble logique que l’université soit le « chapeau ». Pour moi l’Université c’est la maison-mère, je suis certes employé par l’hôpital car j’ai une activité hospitalière très lourde, c’est le « H » de mon statut. Concernant le « U » je dirige une équipe de recherche, j’enseigne et je suis très attaché à cette dimension. C’est pour dire que sur le plan hiérarchique pour moi c’est l’Université qui est sur ce projet. Aujourd’hui le laboratoire est pris d’assaut par les journalistes, l’équipe est sous les feux de la rampe mais je me méfie du caractère très éphémère du buzz, c’est dans la durée qu’il faudra nous accompagner, je compte sur l’université pour le faire.

Concernant l’avenir du projet, quand on s’est lancé au départ, on n’a pas déposé de dossier à soutien financier, on est parti comme ça en disant « il faut le faire », en « grattant les fonds de tiroirs ». Maintenant on en est au deuxième étage de la fusée, il faut valider rapidement sur 500 patients, c’est à dire de début janvier pour les inclusions. Le temps de validation est de 4 ans, on a commencé en 2008 pour obtenir les résultats d’aujourd’hui, à présent on a besoin d’accélérer au risque que le projet nous échappe. C’est un peu une difficulté que l’on a en France, à un moment donné il faut cette accélération brutale comme savent le faire les Etats-Unis pas exemple.

Il faut voir dans quels locaux nous travaillons, les journalistes se sont étonnés de ce que nous avons fait sortir d’un « placard » pour ainsi dire. Nous avons de très bons équipements que nous avons pu acquérir au moyen d’appels d’offres et de soutiens divers. Mais ces équipements indispensables prennent de la place, on ne peut plus bouger dans les pièces, on a besoin d’un peu d’espace, entre 50 et 100 m2 pour augmenter le potentiel de recherche et être certain d’être dans les règles sur le plan de la sécurité.

Il faudrait également un poste supplémentaire, une personne performante entièrement dédiée au projet. Ce projet n’est pas le seul je l’ai mené en marge de mon occupation principale puisque je suis à la fois médecin et chercheur. J’enseigne, je dois faire avancer d’autres projets au sein de l’IRCAN, l’équipe INSERM me demande d’être présent, je dois assister à des réunions administratives et aller chercher du financement. Une personne un peu « capée » pour faire avancer le projet et un peu d’espace supplémentaire seraient aujourd’hui bienvenus. A effectif et locaux constants on ne pourra pas passer du simple à 10 comme cela serait aujourd’hui nécessaire. Le risque est de perdre le leadership à Nice.

Fil UNS : Les filières scientifiques sont désertées aujourd’hui. Nous avons pourtant observé ce week-end sur nos réseaux sociaux, le mur Facebook de l’UNS notamment, à quel point nos étudiants étaient fiers qu’une telle découverte soit faite dans leur université. Si vous aviez un message à faire passer à ces jeunes, lequel serait-il ?

Paul HOFMAN : « Yes we can ! » Il faut échapper au contexte général de sinistrose et ne rien s’interdire. J’ai eu la chance d’être nommé PUPH à 35 ans, cela m’a énormément encouragé. Il faut que l’on arrive à donner aux plus jeunes la possibilité d’être nommés et reconnus tôt dans leur carrière, pour qu’ils puissent y consacrer toute leur énergie. Je m’attache à dire que cette découverte est un travail d’équipe il est indispensable que tous les membres de l’équipe puissent goûter à ce succès.

 

L'équipe Hofman

Eric SelvatEric Selva : je suis technicien de laboratoire et mon rôle dans cette étude a été, après avoir récolté le sang de patients, de réaliser la technique ISET (Isolation by Size of Epithelial Tumor cells) c’est à dire que l’on va passer sur un filtre doté de pores de 8 microns, le sang et ne retenir que les cellules tumorales circulantes et les polynucléaires. On récupère ensuite le filtre qui est rincé et coloré pour visualiser sur un microscope les cellules recherchées. C’est comme ça que nous avons pu détecter les fameuses cellules des patients qui n’avaient encore développé de tumeur mais avaient par contre des cellules qui circulaient dans le sang. Ce sont des centaines et des centaines de tests fait sur patients pour au final apporter des solutions pour l’avenir. C’est très motivant.

Virginie TangaVirginie Tanga : Je suis ingénieure au laboratoire, au centre de ressource biologique, j’ai un Master 2 en biologie. Je travaille au sein de la biobanque de l’hôpital Pasteur sur la réception des prélèvements, mais je procède également à la filtration ISET. De formation en biochimie, ce qui m’intéresse dans ce projet c’est l’impact direct avec le patient. Dans ce laboratoire nous travaillons sur et pour le patient.

 

Marius IliéMarius ILIE : Je suis assistant chef de clinique dans le laboratoire du Pr Hofman. Après des études de médecine j’ai choisi comme spécialité l’anatomopathologie. J’ai eu l’opportunité de rejoindre l’équipe du Pr Hofman dans le cadre de mon internat. Aujourd’hui je partage ma vie professionnelle entre la recherche et l’activité hospitalière. Je suis un des acteurs du lancement de ce projet. La possibilité d'identifier des cellules tumorales circulantes « sentinelles » peut être un outil intéressant pour détecter précocement le cancer du poumon chez des personnes à risque. Ces résultats sont encourageants. Ils demandent à être confirmés par une étude plus large multicentrique. Mon travail au sein du service public me donne la possibilité de développer des projets innovants.

 

Olivier BordoneOlivier Bordone : j’ai fait un Master 2 de Pharmacologie Neurobiologie et Physiologie. A la suite de mon diplôme, j’ai été recruté dans l’équipe du Pr Hofman. Cela fait 7 ans que je travaille ici. Je suis intégré à ce projet sans que ce soit mon activité principale. Ce travail consiste à la réception du sang, rentrer les échantillons dans la biobanque. Lorsque le filtre ISET a été réalisé je travaille à la coloration des cellules. L’équipe est formidable. Excellente ambiance de travail, Mr Hofman est très motivé par ce qu’il fait et il est reconnu. On a la chance de disposer de matériel moderne ce qui nous permet de sans cesse évoluer.

 

Salomé LalvéeSalome Lalvée : J’ai une licence professionnelle « Génie biologique microscopie qualité ». J’ai la chance de pouvoir travailler avec le Pr Hofman. Je travaille sur les cellules tumorales circulantes, et plus particulièrement sur la mise en évidence de cibles thérapeutiques par des techniques d’immunohistochimie ou de FISH (hybridation en fluorescence in situ). Ce travail est actuellement développé dans le laboratoire en partenariat avec une compagnie américaine. C’est très motivant de travailler dans une équipe comme celle-ci. On est très fier d’avoir ce succès aujourd’hui c’est très encourageant pour nous tous.

 

Julien FayadaJulien Fayada : Titulaire d’un BTS ana-biotech, je travaille en tant que technicien de recherche. J’ai été recruté en début d’année par le Pr Hofman dans le cadre d’un projet national PHRC 2013 « ALK CTC ». Je suis en fin de période de formation en immunologie et à la technique FISH. Je participe, à la technique de différents projets de recherche ou partenariats, mais pour l’instant, mon objectif principal est de mettre en place le projet hospitalier de recherche clinique national, qui va se dérouler sur plusieurs années. J’ai de la chance d’être intégré à cette équipe sympathique et très compétente.

 

Virginie Lespinet FabreVirginie Lespinet-Fabre : ingénieur principal hospitalier. J’ai obtenu un doctorat en biologie moléculaire, et fait un post-doc en immunogénétique. J’ai été recrutée par le Pr Hofman dans la tumorothèque sur le projet PHRC-ISET. J’ai été chargé de recruter des patients sains et des patients atteints d’un cancer pulmonaire pour réaliser des prises de sang, faire des filtrations de leur sang et des colorations qui ont ensuite été analysées par des médecins pathologistes du laboratoire. Nous avons ensuite développé la partie génétique dite phase analytique au laboratoire. Très tôt j’ai voulu être médecin, je n’ai pas été reçu au concours, j’ai donc fait le choix des études en biologie pour indirectement soigner des patients, mon but était de revenir dans un laboratoire de recherche.

 

Catherine ButoirCatherine Butori : Je suis le plus ancien médecin pathologiste du laboratoire. J’ai connu le professeur Hofman alors qu’il était interne, il a toujours été très passionné et énormément travailleur. Il est très bien secondé par son épouse Véronique qui est une pathologiste remarquable. Il a aussi la grande qualité de savoir s’entourer de personnes compétentes et motivées et je suis très fière de faire partie de celles-là. J’aime beaucoup l’aspect cytologique de notre spécialité qui, grâce à des techniques peu invasives pour les patients, et à moindre coût, peut permettre de porter des diagnostics précis : ce qui est le cas de la technique ISET.

 

Sandra Musso LassalleSandra Musso Lassalle : Je suis Maitre de Conférence et praticien hospitalier au sein de l’équipe. J’ai fait des études de médecine suivies d’une thèse de science. Je participe aux diagnostics dans le domaine de la pathologie pulmonaire et à certains projets de recherche au sein de l’équipe. L’aboutissement de ce projet sur les cellules circulantes est très motivant pour l’ensemble de l’équipe. La possibilité de faire de la recherche publique apporte un grand intérêt dans notre travail de pathologiste, c’est très motivant.

 

Véronique HofmanVéronique Hofman : Je suis médecin praticien hospitalier au sein du laboratoire et titulaire d’une thèse de sciences donc à la fois impliquée dans le diagnostic (spécialisation pathologie thoracique) et dans les projets de recherche de l’équipe. La méthode de filtration ISET est actuellement bien maitrisée sur le plan technique et analyse cytologique car implantée au laboratoire depuis 2007 puis progressivement adoptée dans d’autres centres référents français à travers des projets hospitaliers de recherche clinique. La nouveauté a été de cibler une population de patients à risque de développer un cancer du poumon et de détecter des cellules tumorales circulantes avant même que le cancer ne se soit radiologiquement diagnostiqué. Ces résultats, très prometteurs, sont le fruit d’un travail d’équipe. Ils doivent être bien sur validés sur une grande cohorte de patient et dans différents centres. Nous sommes tous très fiers de cette avancée et très motivés pour poursuivre cette aventure !