Tara Pacific embarque des chercheurs de l'UNS

Le laboratoire "Symbiose marine" et l'Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement font partie des équipes de recherche qui vont participer à Tara Pacific, la nouvelle expédition de la goélette scientifique financée par la fondation Agnès b. Le bateau va sillonner pendant 2 ans l'océan Pacifique sur près de 100 000 km pour analyser de manière inédite l'écosystème corallien et son évolution.
Tara Pacific embarque des chercheurs de l'UNS

Eric Gilson et Paola Furla - Crédit photo © A. Macarri

Alors que les récifs coralliens couvrent seulement moins de 0,2% de la superficie des océans, ils réunissent près de 30% de la biodiversité marine connue. Leur santé est donc cruciale pour le maintien de la diversité des espèces qu'ils abritent mais aussi pour l'humanité. Etudier cet écosystème fragile et menacé devient une priorité alors qu'une grande partie des récifs tend à disparaitre ces dernières années. C'est pourquoi une nouvelle mission a été confiée à Tara, la goélette scientifique financée par la Fondation Agnès b. D'est en ouest et du nord au sud, Tara parcourra l'océan pacifique pour découvrir la diversité cachée des récifs coralliens et mieux appréhender leurs capacités d'adaptation aux changements climatiques. Il ira notamment sillonner des récifs coralliens les plus éloignés et méconnus.

70 scientifiques vont se relayer à bord de la goélette. 40 atolls seront étudiés avec les mêmes paramètres biologiques et physico-chimiques pour une comparaison précise. 40 000 échantillons seront prélevés et analysés grâce à diverses méthodes comme l'analyse microbiologique ou métagénomique (étude du contenu génétique) pour déterminer les propriétés chimiques et génétiques des populations étudiées. L'étude regroupera des données sur l'eau, les micro-organismes (bactéries et virus), les poissons mais également 3 espèces de corail présentes sur tout le parcours (Porites lobata, Pocillopora meandrina, Millepora platyphylla).

Au niveau scientifique, ce sont 18 institutions et laboratoires de recherche qui participent à cette grande aventure. A l'Université Nice Sophia Antipolis, deux laboratoires sont particulièrement impliqués : le laboratoire "Symbiose marine"(UNS, CNRS, UMPC) et de l'Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement - IRCAN (UNs, CNRS, Inserm, CHU, CAL).

Identifier l'état de santé du corail

Un des premiers objectifs de la mission est d'étudier le microbiome et d'identifier l'état de santé du corail dans les différents endroits de l'océan pacifique. Un premier signal très clair qui montre un déséquilibre au niveau du récif est lorsqu'un de ces microbiomes associés, l'algue symbiotique, vient à disparaitre, c'est le cas du blanchiment des coraux. L'objectif de la mission est de déterminer si d'autres microbiomes sont impliqués et identifier ainsi l'état de santé du corail dans les différents endroits pour savoir s'il y a un préconditionnement des organismes selon leur localisation.

L'équipe symbiose marine interviendra dans l'analyse de l'état de santé du corail à partir d'échantillons. Selon Paola Furla, directrice adjointe, "le laboratoire Symbiose marine dispose d'outils de surveillance et des indicateurs de l'état de santé et de stress des coraux qui permettent de détecter ces déséquilibres de façon précoce sans attendre le blanchiment des coraux. Ces outils vont donc servir à l'analyse des échantillons ; de plus, nous souhaitons développer de nouveaux outils encore plus précoces et plus sensibles en fonction du milieu et des espèces."

L'autre laboratoire très impliqué dans cette expédition est l'IRCAN, l'Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement de Nice. "En effet, nous explique Eric Gilson, directeur de l'IRCAN, aujourd'hui les organismes "de référence" étudiés en biologie sont différents de ceux étudiés dans les année 60, comme la bactérie Escherichia coli. Ainsi l'IRCAN notamment s'ouvre à des organismes non conventionnels qui avec l'aide des nouveaux outils de séquençage massif ou d'ingénierie génomique nous permettent de revisiter les grandes questions de la biologie, comme le vieillissement. A ce titre, le corail est très intéressant à étudier car il présente une longévité très élevée pour un animal. Il s'agit pour nous de comprendre comment il fonctionne et de le corréler à son environnement car nous savons que la santé humaine est dépendante de l'environnement. Plus spécifiquement le mécanisme de vieillissement que nous étudions c'est l'érosion des extrémités de chromosomes, appelées régions télomèriques. Sur les échantillons que nous recevrons nous allons mesurer la taille des télomères qui est un indicateur de la longévité chez l’homme et aussi un indicateur de stress : si le télomère est petit, cela nous indiquera une histoire de vie sous stress (ou un passé en condition de stress). Par exemple chez l'homme, des enfants maltraités à la naissance, ont , une fois adulte, des télomères plus courts."

Les premiers échantillons devraient arriver au mois d'août. Toutes les analyses seront mises à disposition du consortium pour corréler et croiser l'ensemble des données.  Jamais une analyse du corail et de son état de santé n'aura été aussi complète.

Contacts chercheurs :

Suivre Tara expeditionhttp://oceans.taraexpeditions.org/