Mélanome : une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes moléculaires

L’équipe de Corine Bertolotto et Robert Ballotti au sein du Centre de Médecine Moléculaire Méditerranéen - C3M (UNS, Inserm) a mis en évidence les mécanismes moléculaires impliqués dans la mutation d’une protéine MITF ; cette protéine est responsable du développement métastatique des mélanomes. Cette découverte renforce l'idée que les porteurs de cette protéine mutée doivent bénéficier d'une surveillance accrue permettant ainsi une prise en charge précoce et plus efficace en cas de mélanome.
Mélanome : une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes moléculaires

De gauche à droite : Charlotte Pandiani, Mickael Ohanna, Justine Leclerc, Karine Bille, Robert Ballotti, Corinne Bertolotto - crédit photo A. Macarri

Le mélanome, ou cancer de la peau, est une tumeur maligne de la peau ; en France, environ 12000 nouveaux cas par an sont diagnostiqués. Depuis 10 ans environ, le nombre de mélanomes a été multiplié par 2. C’est une maladie très agressive qui lorsqu’elle est diagnostiquée à un stade précoce, localisée au niveau de la peau, peut être guérie dans 80-90 % des cas. Par contre si elle commence à envahir le derme sous-jacent et atteindre des couches plus profondes, le taux de survie est considérablement réduit. D’où l’importance de bien connaitre cette maladie et son développement.

En 2011 l‘équipe de Corine Bertolotto avait identifié le rôle joué par la mutation de MITF, une protéine clé dans le développement des mélanomes ; les patients porteurs de cette protéine présentaient un risque 5 fois plus élevé de développer un mélanome ou un cancer du rein. Par contre les mécanismes moléculaires qui expliquaient ce phénomène n’étaient pas connus : comment cette mutation exerçait ses effets pro-tumoraux favorisant le développement du mélanome?

C’est ce que dévoilent les travaux publiés le 20 mars 2017 dans la revue Journal of the National Cancer Institute. Ces travaux ont été menés en partenariat avec l’Institut Gustave Roussy (IGR) de Paris et l’Université de Louvain. « Nous avons modélisé la pathologie chez la souris » nous explique Corine Bertolotto. "Nous avons introduit la mutation de la protéine chez la souris puis nous avons étudié son développement tumoral. Et les résultats montrent que la mutation de cette protéine affecte un processus clé que l’on retrouve dans tous les cancers, la sénescence (processus aussi associé au vieillissement biologique), une barrière anti-tumorale très puissante qui stoppe la progression tumorale ». Lorsque cette barrière est levée, les cellules cancéreuses prolifèrent. « Notre équipe a montré que dans le cadre du mélanocyte, la mutation identifiée agit en inhibant le processus de senescence et accélère le développement de la tumeur en association avec d’autres altérations géniques ».

Même si de nouveaux traitements ont été développés qui permettent de prolonger de 6 à 18 mois la survie des patients atteints de mélanomes métastatiques, aujourd’hui le meilleur moyen de soigner un mélanome reste encore de le prendre de façon précoce. D’où l’importance d’une surveillance accrue des porteurs de la mutation de la protéine MITF.

 

Delphine Sanfilippo