Regards croisés sur l'industrie et les risques nucléaires : comment aborder les sources de la connaissance et les confronter à la pensée narrative ?

Séance proposée dans le cadre du séminaire "Récit et argumentation" du laboratoire LIRCES
Quand ? Le 13-11-2015,
de 09:30 à 12:30
Où ? Salle du conseil de la faculté de lettres, arts et sciences humaines
S'adresser à
Téléphone 04 93 37 54 39
Ajouter un événement au calendrier vCal
iCal

1 - Les défis de la conservation et de la communication des archives dans un centre nucléaire

Résumé : Mi-juriste mi-historien, l’archiviste décrit le monde au moyen d’outils et de méthodes qui visent à authentifier et pérenniser les informations inscrites sur les documents qu’il a la responsabilité de conserver. Dans le cadre d’un site nucléaire comme celui de Marcoule créé en 1955, la conservation et l’exploitation des archives répondent à différents intérêts parfois contradictoires : intérêts immédiats pour l’exploitation des installations et la valorisation de la recherche scientifique, intérêts secondaires pour le démantèlement des installations et les études historiques. A travers l’exemple du travail initié avec le CRC autour des archives du Service de Protection contre les Radiations de Marcoule, nous proposons d’illustrer le questionnement de l’archiviste face aux défis de la conservation et de la communication des archives, que ce soit pour répondre aux besoins immédiats des ingénieurs ou pour la constitution des sources interrogées par les historiens.

Présentation de l’intervenant : Titulaire d’un DESS d’histoire et d’un DESS en archivistique, Frédérick LAMARE est archiviste du centre de Marcoule (Gard) du Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA) depuis 2002. A ce titre il est en charge de la gestion des archives de l’ensemble des unités de recherche et des installations de ce site nucléaire qui vient de fêter ses 60 ans.

2 - La représentation de l’objet dans les récits iconiques : le rôle de l’émotion dans la sensibilisation des travailleurs du nucléaire au risque radioactif

Résumé : Le Service de Protection contre les Radiations (SPR) est créé en 1955 dans le centre de Marcoule. Sa doctrine sur la sécurité associe étroitement prévention technique et prévention psychologique. C’est dans cette logique que le SPR élabore un programme d’éducation destiné aux travailleurs. Ce dernier s’appuie sur des formations théoriques, la distribution de brochures explicatives ou la diffusion d’affiches de sécurité dans les installations du centre. Ces affiches sont des micro-récits iconiques car elles contiennent un acte narratif, dont le minimalisme requiert particulièrement l’implication du spectateur pour expliciter l’action représentée. Elles ont une dimension argumentative, au sens où le sujet argumentant (le SPR) utilise des procédés rhétoriques pour modifier les représentations de l’allocutaire (le travailleur) et son comportement face au risque radioactif. La stratégie utilisée s’appuie sur tout un imaginaire pour faire ressentir certaines émotions au spectateur. L’analyse de la représentation des détecteurs individuels permet dès lors de montrer comment les affiches peuvent renforcer le rapport affectif qui relie l’homme et l’objet technique, pour conduire les travailleurs à mieux se conformer aux règles de radioprotection.

Présentation de l’intervenant : Aurélien Portelli est enseignant à l’ESAIP et chercheur associé au Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de MINES ParisTech. Ses recherches abordent l’histoire de l’industrie nucléaire. Il travaille actuellement sur les représentations des accidents nucléaires et sur l’évolution de la radioprotection dans le centre CEA de Marcoule.

3 - La valorisation de soi dans le témoignage du directeur de la centrale de Fukushima Dai Ichi

Résumé : A la suite de l’accident de Fukushima Dai Ichi, des organismes japonais et internationaux rédigent des rapports pour tirer des leçons de la catastrophe. Leur travail d’investigation se fonde sur plusieurs sources, dont les auditions de Masao Yoshida, le directeur de la centrale. Ces auditions se présentent sous la forme d’entretiens semi-directifs, conduits par la Commission d’enquête du Gouvernement japonais. Ce témoignage, assimilé à un récit de vie de Yoshida, présente une somme colossale de données sur le déroulement et la gestion de la crise nucléaire. Or, les rapports d’enquête en font une utilisation parcellaire et n’exploitent pas toutes ses potentialités, que ce soit sur le plan technique ou humain. Sur ce point, l’analyse du récit met en exergue le système représentationnel que le directeur reconstruit, au fil des entretiens, sur l’accident et les collectifs concernés. Yoshida est convié à expliquer des actions menées sur le terrain et qui portent à controverse. Face aux questions et aux remarques des enquêteurs, il certifie que le travail effectué par ses équipes a été exemplaire, contrairement à d’autres acteurs intervenus durant la gestion de l’accident. Cette valorisation des travailleurs de la centrale conduit Yoshida à mettre en avant ses propres qualités managériales et à construire un personnage de directeur aussi compétent que bienveillant. L’élaboration d’une telle image permet ainsi, dans le discours, de renforcer la légitimité de ses décisions et la validité de ses arguments.

Présentation de l’intervenant : Aissame Afrouss est diplômé de l’école d’ingénieurs des Mines de Nantes (spécialité sûreté nucléaire) et de l’Université de Nantes (Master II recherche en Histoire des Sciences et des Techniques). Il est actuellement doctorant au Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines ParisTech. Son sujet de thèse porte sur l’accident de Fukushima Dai Ichi. Il analyse plus particulièrement la représentation de soi dans le témoignage de Masao Yoshida, le directeur de la centrale.