Exposition "Mémoires" d'Yva Ambrosini à la bibliothèque de l'IUT, site de Nice Fabron

La Bibliothèque de l’IUT Nice Côte d’Azur, site de Nice Fabron reçoit la plasticienne Yva Ambrosini. Avec l’exposition « Mémoires », l’artiste nous fait cheminer dans sa mémoire intime et dans la mémoire de l’art. À découvrir absolument du 7 octobre au 20 décembre 2019.

Une artiste

 

Yva Ambrosini, agrégée d’Arts Plastiques, a enseigné à l’IUFM de Nice pour la formation des maîtres et au sein du département GEII de l'IUT Nice Côte d'Azur, dans le cadre "Culture & Communication »,  pour l’initiation au montage vidéo.

En parallèle, elle développe et anime un atelier de pratique artistique.

Pour cette exposition « Mémoires », à la bibliothèque du site de Nice Fabron de l'Institut, elle propose 19 pièces récentes.

 

Une exposition


Mémoires

ou La traversée des apparences


Tout semble d’abord baigner dans la clarté fossile d’une réminiscence : coulées de blancs, affleurements de bruns, de gris et de rouille, identité flottante des visages se révélant sous la trame ajourée des gazes, des calques et des linges brodés, éparpillement de lettres nomades qui évoquent des territoires où l’on fait l’expérience de la vision ou du mirage. Dans cet espace incertain où du visible va advenir - à moins qu’il ne soit déjà en train de s’effacer- le temps n’est ni perdu ni retrouvé : il est à saisir dans sa fugace matérialité/incarnation entre surgissement et enfouissement. Yva Ambrosini s’empare du temps et de l’espace non comme des thèmes mais comme des matériaux avec le désir d’en faire surgir une vitalité enfouie.

Car faire revivre c’est avant tout faire vibrer. Installer une tension.

Pour explorer les points aveugles de la mémoire et libérer ce qui a été enchâssé dans des récits ou des représentations figées, il faut percer les souvenirs écrans, fouiller dans ce qui a été caché tant dans l’histoire personnelle (au creux de draps déchirés, de mouchoir de communion, d’initiales enlacées de parents disparus) que dans l’histoire de l’art (montrer l’envers du tableau en exhibant ses constituants - toile, clous, châssis - et en inversant leur statut).

Il faut oser des gestes transgressifs (arracher la toile qui masque le châssis, en disséquer les composants, laisser apparaître les interstices de toile non peinte) propices à de nouvelles interprétations de ce qui semblait immuable (Narcisse, la Sybille, le Christ). La copie est toujours lettre morte si elle se coule dans une forme déjà adoptée. C’est pourquoi l’hommage rendu aux peintres de la Renaissance à travers les figures à la mine de plomb s’accompagne de l’utilisation de matériaux « sans vanité », bois brut ou bois de cageot, châssis cloué en bois de caisse montrant sa croix.  Une façon de mettre à nu, à la suite des artistes du mouvement « Support-Surface » la structure du tableau traditionnel et de débusquer le « refoulé » de la peinture selon l’expression de Daniel Dezeuse.

Cette mise à nu prive-t-elle le tableau d’être cette « fenêtre ouverte sur le monde … » comme l’affirmait Alberti (De pictura) ?

Le monde a changé et la perception que nous en avons aussi. Si l’invention de la « perspective » au 16eme siècle offrait un nouveau système de représentation du réel en faisant fuir les objets par la seule dégradation de leurs valeurs, la crudité démystifiante des artistes contemporains semble au contraire aboutir à les rapprocher et à choisir de les présenter plutôt que de les représenter. Le travail d’Yva Ambrosini s’inscrit largement dans cette démarche : ses tableaux ouvrent la peinture sur ses propres fondements, la représentation, le cadre et ses enjeux, mais attire aussi notre regard vers les « fenêtres » intérieures qui conduisent vers « l’espace du dedans » où les trous de mémoires se réparent, gestes et outils mêlés, à coups de gaze et d’agrafes, de clous et de dentelles, d’aiguilles courant dans des jours de Venise.

Mémoires tire, tisse et coupe plusieurs fils : ceux qui traversent les souvenirs écrans d’une histoire intime, ceux qui s’enchantent de la libre « imitation » des grands maîtres de la Renaissance, ceux enfin qui conduisent à l’inquiétude des modernes dont « l’œil ne voit pas des choses, mais des figures de choses qui signifient autre chose ». 

Martine Constantin


affiche expo Yva Ambrosini - bibliothèque Nice Fabron