Portrait - Jackie Krafft par UCA 16/05/2019

« Nous essayons de mesurer l’engagement citoyen vis à vis de ce qui a été développé, a priori, pour le bien-être» Jackie Krafft
Portrait - Jackie Krafft par UCA 16/05/2019

Jackie Krafft

À 50 ans, Jackie Krafft change de lunette de vue. Elle passe d’une recherche en économie à échelle globale à des travaux du domaine du visible, avec comme champs d’investigations possibles la ville ou le quartier, abordés sous le prisme de l’environnement et du développement durable. « Je me suis dit qu’il était temps de faire évoluer ma problématique de recherche de l’innovation vers l’éco-innovation. Ce tournant reflète une tendance générale, visible au travers des thèmes des articles publiés dans les revues académiques », confie-t-elle. Mais le fil rouge de ses recherches demeure inchangé et sa notoriété reste internationale.

Elle s’est fait un nom avec ses travaux sur la gouvernance des firmes et des processus d’innovation, et essaye aujourd’hui de décrire, par exemple, comment les entreprises, en développant des activités vertes, peuvent permettre de requalifier des employés à des niveaux plus élevés.

Elle s’interroge encore sur la façon dont les activités industrielles « vertes »sont susceptibles de se diffuser vers des secteurs « non verts ».Actuellement directrice de recherche CNRS au GREDEG et responsable du projet structurant Gouvernance des Firmes et Innovation (GFI), Jackie Krafft est responsable scientifique pour Université Côte d’Azur du projet européen IRIS smart cities (Integrated and Replicable Solutions for Co-Creation in Sustainable Cities). « Dans les 7 villes que sont Utrechtaux Pays-Bas, Gothenburg en Suède, Vaasa en Finlande, Alexandroupolisen Grèce, Santa Cruz de Tenerifeen Espagne, Focsani en Roumanie et Nice, nous essayons par exemple de mesurer l’engagement citoyen vis à vis de ce qui a été développé, a priori, pour leur bien-être », explique la chercheuse. Il s’agit ainsi de révéler à la ville les besoins de ses citoyens plutôt que de chercher à créer des comportements vertueux en imposant une offre technologique nouvelle, par exemple un parc public de voitures électriques. Le projet a aussi pour ambition de mesurer l’effet d’entraînement d’un écoquartier sur un quartier plus défavorisé.

L’approche actuelle de Jackie Krafft s’inspire également du modèle des firmes à très forte croissance sur les activités de développement durable, autrement appelées « gazelles ». Les analyses économiques tendent en effet à montrer que ces gazelles génèrent une croissance impressionnante, avec la création de 30% à 40% d’emplois supplémentaires. « Nous essayons donc de décrire dans quelle mesure ces firmes s’implantent dans la Région Sud et dans le secteur niçois. Or, au regard des premiers résultats, nous n’avons pas à rougir de nos chiffres, en comparaison avec ce qui s’observe au niveau national ou européen », révèle l’économiste.  « Pour moi, le fait d’avoir ce regard sur le local est quelque chose de très nouveau. Mais c’est d’autant plus intéressant qu’aujourd’hui, les choses se développent suffisamment vite pour qu’on puisse observer les évolutions qu’on étudie. Je suis à un moment de ma carrière où j’ai besoin de cela, de sentir l’impact de mes recherches au niveau des citoyens ».

À cette fin, Jackie Kraft n’hésite donc pas à sortir de sa zone de confort, autrement dit de son laboratoire, pour rencontrer acteurs politiques et fournisseurs en énergie.