Portrait - Nathalie Lazaric par UCA 16/05/2019

« Le voisinage vert dépasse toutes les variables dans sa capacité à engendrer des comportements éco-responsables » Nathalie Lazaric
Portrait - Nathalie Lazaric par UCA 16/05/2019

Nathalie Lazaric

Nathalie Lazaric a débuté sa carrière sur un terrain où peu se seraient attendus à croiser une économiste.

Elle a en effet réalisé la première thèse en sciences humaines de l’Université de Technologie de Compiègne. « J’étais dans une prestigieuse école d’ingénieurs et je devais prouver par A+B aux étudiants que ma matière était utile car sinon ils avaient le choix de ne pas suivre mon enseignement. Tout était à construire», se souvient-elle. Les dix années passées à Compiègne lui ont aussi permis de se confronter à des collègues cognitologues, biologistes, spécialistes de la communication ou encore à des philosophes comme Bernard Stiegler, à l’initiative de l’expérimentation « territoire apprenant contributif » en Plaine commune. L’économiste développe alors ses thèmes de recherche : les processus d’innovation technologique en robotique; comment les théories de l’apprentissage individuel peuvent se transposer à la mise en place de routines organisationnelles; qu’est-ce qui différencie, en termes de routines organisationnelles, la France et l’Allemagne dans leur façon de concevoir l’innovation en robotique. Elle se rapproche également du Bureau d’Economie Théorique et Appliquée (BETA) de Strasbourg. Elle s’y familiarise avec tous les courants de l’économie et découvre en particulier les approches évolutionnistes, toujours au coeur de ses travaux.

Mais c’est sa rencontre, il y a dix ans, avec celui qui est devenu depuis son co-auteur, qui lui révèlera sa trajectoire de recherche. « Kevin Maréchal m’a sollicitée pour encadrer sa thèse. Il voulait appliquer l’économie évolutionniste à la problématique environnementale. J’ai soudain réalisé que mon cadre théorique pouvait concerner des problèmes qui me tenaient à coeur personnellement », révèle la directrice de recherche. Son expertise lui permet d’étudier les mécanismes de transition sous l’angle des dynamiques institutionnelle et comportementale. Elle s’intéresse au contexte dans lequel se forment les habitudes des citoyens mais aussi à la façon dont différents comportements sont finalement reliés les uns aux autres et comment tout cela peut créer des « verrous cognitifs », autrement dit une résistance au changement. Nathalie Lazaric travaille également sur les conditions susceptibles de défaire ces processus. Elle cherche par exemple à identifier « les bonnes opportunités » que peut produire une société, mais étudie aussi le poids des influences extérieures. « Le voisinage vert dépasse par exemple toutes les variables dans sa capacité à engendrer des comportements éco-responsables. Les valeurs se diffusent au sein de réseaux. », explique la directrice de recherche. Elle tente, dans son parcours, d’apporter des évidences empiriques dans les champs de l’énergie, des transports, de l’agriculture.

Avec le programme TicElec, elle a analysé l’impact de l’apport de l’information sur les comportements de consommation d’énergie et les changements d’habitudes dans ce domaine. Ces résultats pionniers lui ont permis de conduire une expérience similaire à Monaco avec le projet Smartlook et de participer au projet européen IRIS dans le cadre des smart cities. Nathalie Lazaric, outre les habitudes de consommation, s’intéresse enfin à la gestion des déchets générés, dans une perspective d’économie circulaire. Elle développe ainsi avec L’Institut de Chimie Nice le projet Calin, mené cette fois dans le cadre de l’IDEX UCA Jedi, pour un recyclage écologique du marc de café. Enfin, depuis 2016 Nathalie Lazaric est présidente de l’EAEPE ( European Association for Evolutionary Political Economy) et défend les fondements d’une économie pluraliste pour concevoir la politique économique et ses outils de manière différente en Europe.