Portrait - Pascale Steichen par UCA 16/05/2019

« Le droit de l’environnement, un formidable laboratoire d’expérimentation » Pascale Steichen
Portrait - Pascale Steichen par UCA 16/05/2019

Pascale Steichen

Il est difficile, tant elle évoque sa profession avec conviction, d’imaginer Pascale Steichen avoir eu une autre vie que celle de juriste en droit de l’environnement. Pourtant, avant de commencer sa carrière universitaire, elle a d’abord travaillé dans le secteur du tourisme. Une parenthèse insignifiante, qu’elle ne regrette pas une seconde d’avoir refermée pour découvrir alors une matière « riche et mouvante », apparue quelques années plus tôt dans le paysage du droit. « Je l’ai vue s’étoffer, s’enrichir, se diversifier mais aussi connaître des flottements en période de crise », raconte la chercheuse, professeure agrégée de droit privé. 

« Au départ, j’ai choisi le droit de l’environnement parce que je trouvais que c’était un formidable laboratoire d’expérimentation juridique. De plus, que ce soit au niveau international, européen ou national, on est toujours au croisement des règles du droit public et du droit privé », confie Pascale Steichen. Sa thèse portait d’ailleurs sur cette complémentarité des normes à propos de la contamination des sols. Par la suite, elle a continué à s’intéresser aux pollutions et nuisances, aux régimes de responsabilité, sans oublier le réseau Natura 2000 « une forme de protection très forte de la biodiversité ».

Actuellement, ses recherches portent notamment sur les questions de compensation des atteintes à l’environnement. Par exemple, explique Pascale Steichen, « quand un aménageur veut réaliser un projet d’une certaine envergure, il doit proposer aux pouvoirs publics des mesures destinées à éviter, réduire et compenser les atteintes à l’environnement ».La juriste contribue également à la rédaction du Précis DALLOZ en Droit de l’environnement, un ouvrage de référence en la matière.

Sur le plan de l’enseignement, Pascale Steichen déplore que « dans trop d’universités encore, faute d’avoir fait le choix d’une spécialisation en droit de l’environnement, on puisse passer à côté tout au long de ses études ».Difficile ensuite pour les avocats, les magistrats, les juristes d’entreprise d’appliquer ce droit complexe.

Pascale Steichen se réjouit ainsi qu’à Université Côte d’Azur, la matière soit accessible à toutes les filières de la Faculté de droit. En tant que co-directrice du master Juriste des Risques et Développement durable, elle s’évertue par ailleurs à mettre en œuvre des projets pédagogiques innovants et, lorsque c’est possible, à aller au-delà de l’exercice théorique.

Dans cette perspective, elle a orchestré deux actions emblématiques pour la seule année 2018-2019. Au mois de novembre, les étudiants des 9 Master de l’Institut Méditerranéen du Risque, de l’Environnement et du Développement Durable (IMREDD) ont été invités à se projeter sur les risques inhérents au réchauffement climatique dans le département des Alpes Maritimes dans 30 ans. Puis en février, Pascale Steichen a contribué à organiser un tribunal d’opinion, le Tribunal des océans, sur le modèle du procès Monsanto. « Nous avons voulu traiter la question des déchets plastiques en mer méditerranée et permettre à des étudiants juristes et scientifiques de travailler ensemble », explique la chercheuse. À l’issue des plaidoiries, les étudiants ont ainsi présenté un projet de convention susceptible d’entrer dans le circuit du droit international entre New York, Genève et Nairobi. Ce dernier est désormais en ligne sur le site officiel du pacte mondial pour l’environnement.