Workshop « Artefacts numériques et matérialités »

« Travail, données, œuvres : De l'art contemporain à l'open data, quelques trajets d'instauration équipés » 17 février 2016
Quand ? Du 17-02-2016 à 14:30
au 18-02-2016 à 12:00
Où ? MSHS et I3S
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3e séminaire « Artefacts numériques et matérialités »

« Travail, données, œuvres :  

De l'art contemporain à l'open data, quelques trajets d'instauration équipés »

 

Mercredi 17 février 14h30, MSHS

Jeudi 18 février 10h00, I3S, Salle du Conseil


Co-organisé par

Lise Arena (Sciences de Gestion, GREDEG/MSHS),

Bernard Conein (Sociologie, GREDEG/MSHS)

Alexandre Monnin (Philosophie du Web, INRIA-I3S, équipe Wimmics)

 

 

Mercredi 17 février, 14h30, salle 129, MSHS
  • Alexandre Monnin (INRIA-I3S, équipe wimmics) (avec la participation de Jérôme Denis) : Re-Source : une archive en temps réel pour outiller et saisir l'instauration des œuvres d'art (contemporaines) en train de se faire.

Résumé : La Fondation d'entreprise des Galeries Lafayette pour l'art contemporain, jeune institution du monde de l'art, a lancé plusieurs chantiers en prélude à son ouverture au grand public courant 2017. Le premier est architectural au sens classique du terme. Il comprend la construction d'un bâtiment imaginé par Rem Koolhaas et ses équipes en plein centre de Paris. Le second, baptisé Re-Source, dont j'ai la charge depuis 2014, constitue le pendant numérique du premier. Il n'en demeure pas moins architectural, visant la réalisation d'une plate-forme d'archivage sémantique en temps réel, véritable prolongement de la Fondation, outillant les diverses activités de ses membres. Au centre de leur activités justement figurent la production et l'accompagnement des œuvres comme des artistes, véritables finalités de cette institution. L'archivage des tâches de suivi accomplies au quotidien par les équipes de la Fondation doit livrer une vue inédite sur la production, y compris ses aspects les plus matériels, et permettre d'en partager les fruits en interne (sur un mode réflexif), auprès des artistes (sur le mode de la négociation) mais aussi du grand le grand public (en rendant palpables les critères de félicité attachés aux œuvres singulières) ; production et publication formant désormais un tissu sans couture. Aussi le travail réalisé sur Re-Source s'inspire-t-il de plusieurs courants académiques, en particulier dans le champs des Science and Technology Studies : ethnographies de laboratoires (Latour, Knorr Cettina, Lynch), du travail caché (Susan Leigh Star) mais aussi cartographie des controverses. L'analyse du travail et des activités déployés au sein de la Fondation s'appuie d'ailleurs sur une ethnographie réalisée en 2015 par Jérôme Denis dans la cadre d'un partenariat avec Télécom ParisTech. Re-Source a pour ambition de jeter un regard inédit sur l'art contemporain dont l'essentiel n'est toutefois pas la transparence mais bien l'appui conféré aux artistes et aux œuvres, ce qui exige, comme l'ont montré les retours des artistes associés au projet, la mise en place d'un dialectique subtile associant la mise en visibilité et l'invisibilisation des coulisses de l'activité artistique (interrogeant de facto le type d'énonciation propre à cette activité). Sur le fond, loin de réduire les œuvres à des projets ou des processus, Re-Source entend s'inspirer de la philosophie de l'instauration d'Etienne Souriau (Souriau 1956,  "Du mode d’existence de l’œuvre à faire", Hennion et Monnin 2015, "Sous la dictée de l'ange, Enquêter sous le signe d'Etienne Souriau") et lui donner corps , tout en soulignant, au-delà de Souriau lui-même, l'importance d'une prise en compte du caractère distribuée de l'agentivité qui préside à l'instauration artistique pour suivre et donner à voir, à partir du recueil de traces et de leur mise en donnée, la trajectoire d’œuvres en train de se faire mais aussi les bifurcations qui les traversent et les exigences dont elles témoignent. En d'autres terme, il s'agit de mettre en place les conditions propice à un fonctionnement "responsable" (Antoine Hennion) de l'art.

 
Jeudi 18 février, 10h00, Salle du conseil, I3S
  • Jérôme Denis (Sociologie, Télécom ParisTech): "Façonner les données. Travail et valeurs de l’information"

Résumé En 2009, dans une allocution qui a fait date, Tim Berners-Lee a fait scander par le public de sa célèbre conférence TED « We want raw data! » En quelques années, les données se sont retrouvées au cœur de la vie publique. Ouvertes et/ou massives, présentées comme des ressources naturelles, elles sont rarement questionnées en tant que telles, mais toujours au nom des révolutions politiques, scientifiques et économiques que leurs usages et leurs traitements permettraient. Dans cette présentation, je reviendrai sur les différents postulats de cette euphorie contemporaine, et je montrerai à partir d'un rapide retour historique et de  deux études de cas (l'une sur l'open data, l'autre sur la production de données de cyclabilité) l'intérêt de questionner le travail qui préside à l'existence même des données ainsi que les formes de son invisibilisation.