"Influence du conflit sur le changement de comportements de santé : rôle et pérennité d’une stratégie de contrôle de soi en contexte écologique et expérimentale"

Séminaire Axe 2 Santé : du bien naître au bien vieillir
Quand ? Le 10-02-2020,
de 09:30 à 12:00
Où ? salle 1B12 - Saint Jean 2
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Cyril Forestier, post-doctorant à l'Université Grenoble Alpes, Laboratoire SENS / UFR STAPS

Influence du conflit sur le changement de comportements de santé : rôle et pérennité d’une stratégie de contrôle de soi en contexte écologique et expérimentale

En 2018, les maladies non-transmissibles étaient responsables de 41 millions de décès par an dans le monde, soit 71% des décès totaux, dont 18 millions imputables aux cardiopathies (e.g., infarctus). Des changements de comportements de santé, par exemple en termes d’activité physique et d’alimentation, ont été identifiés comme efficaces en prévention primaire, secondaire et tertiaire pour éviter l’émergence des maladies non-transmissibles, ainsi que diminuer leurs conséquences et récidives. Malgré ce constat, les campagnes visant l’adoption de comportements salutogènes et la réduction de comportement pathogènes semblent manquer d’efficacité.

En effet, plus de la moitié des adultes n’atteint pas les recommandations en matière d’(in)activité physique, et 75% n’atteignent pas celles en matière d’alimentation. Une explication résiderait dans les caractéristiques propres aux comportements salutogènes (e.g., aversif, récompensant à long terme) et pathogènes (e.g., appétitif, récompensant à court terme) qui pourraient s’opposer, et alors générer un conflit cognitif chez lindividu. Le manque d’adoption des comportements de santé pourrait donc résulter de l’inefficacité des stratégies individuelles de résolution du conflit cognitif.

Le contrôle de soi, défini comme un ensemble de stratégies permettant de résoudre ou d’éviter un conflit cognitif, semble une piste intéressante pour mieux comprendre l’adoption et le changement de comportements de santé. Nos travaux se sont demandé si (1) la stratégie inhibitrice du contrôle de soi (i.e., résistance) et les ressources de contrôle de soi étaient efficaces pour respectivement réduire l’adoption de comportements pathogènes et augmenter l’adoption de comportement salutogènes, en contexte écologique ; et (2) l’efficacité de cette même stratégie inhibitrice, soulignée comme couteuse en énergie, était constante, ou diminuait suite à son utilisation préalable, ce en contexte plus expérimentale. Les résultats d’une première étude transversale suggéraient que la résistance prédisait la diminution de plusieurs comportements pathogènes, indépendamment du comportement considéré, et que les ressources de contrôle de soi prédisaient ladoption de comportements salutogènes.

En revanche, nos résultats obtenus par deux études longitudinales ultérieures ne confirment que partiellement ces patterns. Plus précisément, ces deux études menés sur deux échantillons différents, un étudiant et un dindividus atteints de cardiopathies, confirment limpact des ressources de contrôle de soi sur l’adoption d’un comportement salutogène, l’activité physique.

Ensuite, ils corroborent le rôle de la résistance sur la réduction de l’alimentation déséquilibrée chez les étudiants, mais invalident son rôle chez des individus atteints de cardiopathies, ainsi que sur la réduction de l’inactivité physique. Les travaux menés en contexte expérimental suggèrent quant à eux quau sein dun tâche cognitive, les essais sollicitant les fonctions exécutives inhibitrice (i.e., résistance) engendrent une diminution de la probabilité de succès de cette stratégie sur les essais subséquents. Dans un premier temps, les résultats de ces travaux soutiennent l’idée selon laquelle les ressources de contrôle de soi pourraient augmenter l’adoption de comportements salutogènes.

Il semble intéressant de confirmer l’impact de celles- ci sur d’autres comportements protecteurs de la santé comme l’alimentation équilibrée. Nos résultats soulignent aussi que les stratégies de contrôle de soi comme la résistance permettrait de réduire l’adoption de comportements pathogènes, mais celle-ci semblant avoir une influence limitée au comportement d’alimentation déséquilibrée, il est nécessaire d’évaluer le rôle d’autres stratégies de contrôle de soi sur dautres comportements pathogènes comme l’inactivité physique.

Enfin, nos derniers résultats soulignent que cette stratégie inhibitrice ne serait pas pérenne, et que son efficacité diminuerait après son utilisation, potentiellement à cause dun épuisement des ressources nécessaires à son développement. Ce résultat ouvre un premier questionnement concernant le caractère entrainable de cette stratégie afin d’améliorer son efficacité et sa pérennité, et un deuxième questionnement vis-à-vis des moyens pour favoriser la mise en œuvre d’autres stratégies de contrôle de soi, moins couteuses en ressources, afin d’améliorer la gestion de conflits et l’adoption de comportements de santé.