Notre mode de vie : 1ère cause de mortalité évitable non transmissible !

« L’activité physique. Le médicament de demain ? », la 1ère conférence du cycle grand public, organisé par la Faculté des Sciences du Sport et le laboratoire LAMHESS, portant sur les bienfaits de l'Activité Physique sur la santé, a eu lieu le jeudi 15 décembre 2016 de 17h à 18h45 à l’auditorium de la bibliothèque L. NUCERA à Nice.

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Présentée par le Pr. François CARRE, cardiologue au CHU de Rennes, dont les travaux de recherche s’appuient sur l’activité physique dans le traitement de pathologies telles que l’hypertension artérielle, sur des patients insuffisants cardiaques en attente de greffe cardiaque, ou porteurs de pathologies diverses ainsi que sur des sportifs amateurs ou professionnels. La conférence s’articule autour des deux grands problèmes de santé auxquels les pouvoirs publics vont être confrontés : le vieillissement de la population et l’obésité, à travers les notions de sédentarité et d’inactivité. A cette occasion, M. serge COLSON, Doyen de la Faculté des Sciences du Sport, a tenu à remercier la Direction de la Culture de l’UNS sans qui la réalisation de ce projet n’aurait pas été possible.


« Nous sommes des sportifs devant la télévision ! » tels sont les propos du Pr F. CARRÉ qui expose conjointement la représentation de l'évolution de l'homme souvent schématisée par un homme en position quadrupède qui se redresse, et devient un bipède (chasseur cueilleur effectuant 15 à 16 km par jour). Cette représentation est complétée par un homme devant un écran (TV, tablette, téléphone portable) en position assise. Pour lui, l’homme qui a mis des millénaires à se redresser, a adopté une position assise en seulement 80 ans. Ceci, associé à la sédentarité que nous subissons lorsque nous restons des heures devant un écran, provoque diverses pathologies.

 

Notion d’inactivité et de sédentarité

L’inactivité n’est pas la sédentarité. L’inactivité relève de l’activité physique alors que la sédentarité résulte de la position assise.

L’homme qui actuellement marche en moyenne 1 à 2 km par jour, reste ensuite de nombreuses heures devant un écran : c’est ce que l’on appelle « la sédentarité ». Ce phénomène représente un risque lorsque l’on est assis en moyenne plus de 7 heures par jour sans compter la phase de sommeil. Un individu est considéré comme inactif lorsqu’il pratique moins de 30 minutes d’activité physique par jour.

Pour pallier les risques de l’inactivité, il est conseillé de se lever, de marcher, pour éviter certaines pathologies telles que les phlébites. Actuellement, on voit apparaître de nouveaux types de pathologies dénommées les e-phlébites et e-embolies pulmonaires, contractées par les personnes restées trop longtemps assises devant l’ordinateur. Nous ne sommes pas faits pour être assis trop longtemps car des caillots peuvent se former dans nos veines.

L’Activité Physique regroupe toutes les activités physiques qui permettent de dépenser plus d’énergie que lorsque l’on est assis dans un fauteuil (ménage, marche, …), et qui vont aider à prévenir certaines maladies.

  

Les effets de l’inactivité et de la sédentarité sur l’obésité 

L’erreur commise est d’avoir pensé que l’obésité ne provenait que de la mauvaise alimentation. On note qu’en 1970, on mangeait plus de graisses et plus de calories que maintenant, et pourtant il y avait moins d’obésité. En 1995, les médecins ont commencé à corréler l’obésité avec le nombre de voiture par famille et le nombre d’heures passé devant la télévision. Ils ont ainsi découvert que la sédentarité et l’inactivité physique associées à une mauvaise alimentation représentaient un fléau pour notre santé : cette alliance a en effet tué plus que le tabac dans le monde en 2008.

 

Les autres méfaits de l’inactivité physique

Le Pr F. CARRÉ présente un article édité en 1953 en Angleterre, par le Pr Morris qui effectue à cette époque des recherches sur les contrôleurs et les chauffeurs travaillant dans les fameux bus à impériale anglais de couleur rouge. Il découvre que les infarctus sont plus nombreux chez les chauffeurs que chez les contrôleurs qui doivent sans cesse monter et descendre les escaliers du bus pour contrôler les billets.

Il en conclut que bouger diminue les risques d’avoir un infarctus, et que de plus les infarctus sont moins graves lorsque l’on bouge que lorsqu’on est inactif. En effet, il y a deux fois plus de morts dans les 3 premiers jours suite à un infarctus chez les chauffeurs que chez les contrôleurs.

C’est dans ce contexte que les cardiologues ont commencé à utiliser l’activité physique comme thérapie non médicamenteuse. Actuellement, tous les malades devant être transplantés, font de l’activité physique tous les jours pour augmenter leur condition physique. De même, avant chaque intervention chirurgicale, les anesthésistes évaluent les risques opératoires en interrogeant les patients sur leurs pratiques de l’activité physique et sportive. Toutes les études montrent que les personnes ayant une meilleure condition physique supportent mieux les interventions.

Le Pr F. CARRÉ aborde ensuite une autre étude réalisée par des chercheurs sur des sujets bons marcheurs (10 500 pas par jour) que l’on va contraindre à ne marcher que 1 500 pas par jour pendant 15 jours. Le résultat est flagrant chez ces derniers. On note une modification de leur condition physique par le simple fait de diminuer leur activité physique : ils prennent 50 g de graisse, le cholestérol augmente et l’insuline commence à ne plus être efficace.

 

Les méfaits de la sédentarité

La corrélation est certaine entre le nombre d’heures passé devant la TV et la mortalité toute cause. En effet, lorsque l’on dépasse les trois heures passées devant un écran, il y a une augmentation exponentielle des décès. Idem pour la mortalité par cancer : "plus vous êtes assis, plus vous avez de risque de développer un cancer". Les risques dus à la sédentarité sont indépendants de l’activité physique pratiquée : si l’on pratique 5 heures de sport par semaine mais que l’on reste assis plus de 7 heures par jour, on s’expose encore aux risques liés à la sédentarité. Le sport peut être considéré comme un plus, mais il n’efface pas totalement les méfaits dus à la sédentarité.

Le temps passé devant la TV selon l’âge :

Les enfants et adolescents peuvent regarder jusqu’à 3 écrans en même temps !! On note une baisse du temps passé devant la TV vers l’âge adulte puis une augmentation avec l’âge, après 60 ans.

On remarque que lorsque l’on reste longtemps devant la TV, on prend du poids et de la graisse abdominale apparaît. La TV a un double effet nocif : on est tenté de manger et on s’endort devant, inactif, le ventre plein.

Quand on reste longtemps assis, on accumule des substances délétères et on augmente le niveau d’inflammation et de stress oxydant : terrain favorable pour développer les cancers et les maladies chroniques.

Au total, les recherches montrent que si l’on choisit d’être sédentaire et inactif, on a un risque d’accident vasculaire cérébral augmenté de 30 %, d’infarctus du myocarde augmenté de 30%, de diabète de 25%, d’hypertension artérielle de 10%, et de cancer de 25%.

Aujourd’hui, l’Organisation Mondiale de la Santé considère que la 1ère cause de mortalité évitable non transmissible est notre mode de vie inactif et sédentaire.

 

Les bienfaits de l’activité physique : vivre plus vieux et en bonne santé !

 

On sait actuellement que beaucoup de pathologies bégnines peuvent être traitées par l’activité physique (jambes lourdes, constipation, troubles du sommeil que l’on peut prévenir et traiter par la marche à pied par exemple).

Pour des pathologies plus graves comme par exemple l’hypertension artérielle et le diabète, l’activité physique joue un rôle prépondérant (30 minutes de marche font baisser la pression artérielle et la glycémie). Dans le cas du cancer du sein, l’activité physique associée à un traitement optimal peut diminuer la mortalité de 30%, et le risque de récidive de 50%. Les cancérologues sont formels et conseillent de faire bouger les patients.

Il en est de même pour la dépression, l’anxiété, et la maladie d’Alzheimer dont la meilleure façon d’améliorer les capacités cérébrales est de faire de l’activité physique.

Le meilleur marqueur d’espérance de vie est le niveau de la capacité physique. Si l’on augmente sa capacité physique de faible à moyenne, on réduit de 50% les chances de mourir tôt.

Il suffit de marcher chaque jour un peu quel que soit son état de santé. Lorsque le corps bouge, les muscles en se contractant libèrent une centaine de substances bénéfiques qui agissent sur les organes. Celles-ci se fixent sur un récepteur au niveau de la cellule qui, stimulé, va entrainer la libération de particules dans la cellule. Ces particules vont venir jouer un rôle au niveau du noyau cellulaire en  stimulant l’expression des gènes qui vont  libérer des enzymes et/ou des protéines … On baisse ainsi le niveau d’inflammation, de stress oxydant, et l’on améliore la circulation sanguine et sa condition physique.

 

Les recommandations

L’Organisation Mondiale de la Santé et nos sociétés ont bien compris l’importance de l’activité physique pour la santé. Elles conseillent, pour rester en forme, la pratique d’activités physiques et donnent quelques recommandations tels que prendre les escaliers plutôt que les escaliers roulants, aménager son espace de travail avec Swiss ball et la possibilité de travailler debout, garer sa voiture à distance (300-500 mètres) de son lieu de travail et marcher, etc. Donc de changer son choix de mode de  vie journalier.

Concernant les enfants, au moins 1 heure par jour d’activité physique est recommandée.

Les enfants passent 64% de leur temps assis. A moins de 2 ans, la moyenne de temps passée devant la TV est 2 heures par jour.

Le gouvernement canadien s’est fortement engagé pour lutter contre la sédentarité des enfants. Il préconise si possible d’aller à l’école à pied au moins pour une partie du trajet, sinon d’éviter de déposer l’enfant devant le portail de l’école, de limiter le temps passé devant les écrans (1h30/j), il sollicite les parents à montrer l’exemple (pas d’écran TV dans la chambre, ni portable, ...).

Les études montrent que les enfants les moins actifs la semaine, le sont également le week-end. La capacité physique des enfants a ainsi baissé de 25 % entre 1971 et 2011. Nos enfants risquent donc de vivre moins vieux que nous en gardant ce mode de vie. 

 

Aujourd’hui, nous avons le choix… Jusqu’à présent, nos sociétés guérissaient nos maux par les médicaments. Actuellement, nous savons que l’activité physique est essentielle à notre longévité et qu’elle peut prévenir de nombreuses pathologies.

 

Texte : Marie Roggero


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