L'activité physique bientôt prescrite par ordonnance

Depuis décembre 2015, la loi sur la santé prévoit la possibilité pour un médecin de prescrire une activité physique adaptée à la pathologie de ses patients. Jeanick Brisswalter, Directeur de la faculté des sciences du sport de l'UNS, nous explique l'origine et les objectifs de ce dispositif.

Article de Delphine Sanfilippo

 

"30 minutes de renforcement musculaire, 2 fois par semaine", voilà l'ordonnance qu’un médecin pourrait bientôt être amené à prescrire.

Depuis 30 ans, de nombreuses études scientifiques ont montré les bienfaits de l'activité physique pour prévenir l'apparition de certaines maladies comme l'obésité, les maladies cardio-vasculaires ou encore les pathologies liées au stress. "Il est maintenant reconnu que la pratique d'une activité physique régulière améliore la durée de vie et réduit le risque de développer une maladie métabolique, ou neuro-dégénérative" nous confie Jeanick Brisswalter, doyen de la faculté des sciences du sport de l'UNS.

Et les bienfaits de l'activité physique ne s'arrêtent pas là : de façon plus récente, il a été mis en évidence, dans des revues médicales prestigieuses, le rôle de l'activité physique comme thérapie non médicamenteuse dans le cas de certaines pathologies de longue durée (ALD). Par exemple, l'activité physique peut réduire l'hypertension liée aux maladies cardio-vasculaires, améliorer l'efficacité des traitements des chimiothérapies dans le cas de cancers du sein ou du colon, l'insulino-sensibilité chez les patients diabétiques ou encore la fonction cognitive. A l'UNS, des chercheurs du LAMHESS (Laboratoire Motricité Humaine Education Santé Sport) et de l'équipe Cobtek (Cognition - Behaviour - Technologies) viennent de faire une publication dans le « journal of Alzheimer Disease » qui a démontré que la pratique d’une activité physique pendant 3 mois permet une amélioration de la fonction cognitive chez des patients atteints de troubles cognitifs modérés (MCI) . L’activité physique prouve également son intérêt dans le cas des maladies vasculaires cérébrales : "nous avons actuellement une étudiante en thèse au LAMHESS qui travaille sur l'influence de l'activité physique dans le traitement à court terme des AVC : on a constaté que quand un patient pratique une activité physique immédiatement après un AVC, le patient se réadapte beaucoup mieux ; celle-ci a des effets sur la plasticité du cerveau : ce dernier, lorsqu'il est stimulé, refait les connexions plus facilement".

Des résistances encore présentes

Dans les villes pilotes comme Strasbourg ou Biarritz où la prescription d'activités physiques se fait depuis quelques années maintenant, ce sont les médecins qui ont été à l'initiative soutenus par l'Agence Régionale de Santé (ARS) et les mutuelles, qui y voient une économie non négligeables des frais de santé. Les résistances sont plutôt à noter du côté des patients. Pour Jeanick Brisswalter ce n’est pas étonnant : "en effet, nombreux sont ceux, chez les patients, qui pensent que l'activité va plutôt les fatiguer dans une période où ils se sentent fragiles. L’équipe de recherche dirigée par Fabienne d’Arripe-Longueville au sein du LAMHESS travaille d'ailleurs à lever ces résistances en collaboration avec le département de santé publique du CHU ». Pourtant les effets bénéfiques sont là : l'activité physique améliore l'efficacité des traitements et le bien-être du patient en réduisant notamment l'anxiété et la sensation de fatigue.

Des activités physiques bien ciblées

Par contre, il ne s'agit pas pour le patient de prendre un abonnement dans la salle de gym de son choix ; l'activité doit être pratiquée dans un centre agréé par l'ARS pour pouvoir être prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles. " Toutes les activités ne sont pas adaptées" nous rappelle Jeanick Brisswalter ; « Il faut que le patient soit suffisamment sollicité pour que çela fasse effet mais sans pour autant que l'effort soit traumatisantPar exemple, dans certaines pathologies, avec surpoids ou fragilité musculaire ou articulaire les activités aquatiques comme la natation, ou l'acquagym marchent très bien car le corps est porté par l'eau lui évitant ainsi les traumatismes liés aux chocs". Et l’activité prescrite doit être encadrée par un professionnel du sport. Depuis l'an dernier, les étudiants titulaires d'une licence ou d'un master « Activités physiques et santé » ont le droit d'enseigner en milieu hospitalier ou en EHPAD. Le suivi peut également se faire via les objets connectés : par exemple grâce à un tshirt équipé de capteurs, le coach pourra à distance suivre l'entraînement du patient, permettant ainsi à ce dernier de pratiquer son activité à domicile. 

Delphine Sanfilippo