Architecture

Les trois principaux bâtiments classés Monuments Historiques en 1991 sont :

- le "Grand Château" ou "Château" situé en surplomb de l'Université (1867 - 1870 ; architectes : David Grimm, Mikhaïl Makaroff et Antonio Crocci ; résidence principale de la famille Von Derwies entre 1871 et 1881 ; siège actuel de la Présidence de Nice)
  - le " Petit Château ", situé en contre-bas (1867 - 1870 ; architectes :David Grimm et Albert Bérenger ; résidences des hôtes de la famille Von Derwies ; siège actuel de la Direction de la Faculté des Sciences)
- l'Isba : véritable isba (ou " chalet ") russe en bois de sapin, transportée en pièces détachées et remontée sur place, située en arrière et en surplomb du " Petit Château ", avec vue sur la mer
- les bâtiments annexes (" Entrée Cimiez ", fausses ruines, communs)

 Le Château

facade nord châteauIl a été conçu dans un esprit indéniablement nordique et dans un style composite conforme aux goûts de l'époque. Massif, bâti en gros blocs de pierre blanche (tuffeau) qui ont parfaitement résisté aux secousses sismiques de 1887, couvert d'une toiture très pentue en ardoise à écailles de poisson et percée de lucarnes très allongées, c'est un château des régions froides implanté au coeur du Sud.                                                                                                                                                                                                                    
Cette dissociation Nord/Sud se répercute dans l'agencement du parc par rapport au Château : l'escalier monumental dominant les anciens parterres à la française n'est relié au Château que par des sentiers... L'articulation architecturale est notoirement délaissée au profit d'une simple juxtaposition, château germanisant et parc méditerranéen. Négligence dans la conception initiale ? Rajouts mal maîtrisés ? A l'instar des demeures nordiques, le Château est peu ouvert sur l'extérieur et domine le parc au sens littéral du terme, sans ménager d'autre point de vue que celui d'une terrasse sans liaison directe avec l'intérieur du château.

Le style architectural ? On peut parler de néo-gothique anglais mâtiné de Moyen Age français et de Renaissance italienne, dans un esprit germanisant que n'aurait pas renié Louis II de Bavière (la construction de Neuschwanstein a débuté en 1869)... David Grimm, architecte d'origine balte ayant déjà travaillé pour le Baron, n'a eu donc guère de difficultés à répondre aux aspirations de son commanditaire, résolu à faire côtoyer pierre du Val de Loire, palmiers, cèdres et sapins sous le soleil de Nice.

Le style troubadour, hérité de la période romantique, s'adjoint les apports décoratifs fin de siècle (vases, garde-fous, marquises, fontaines, lanternes, porte-lumières en bronze). L'entrée du Château est surmontée d'un spectaculaire arc Tudor percé de trois baies aux arcs trilobés. Au-dessus figure le blason très emblématique du Baron Von Derwies, que l'on retrouve à de nombreuses reprises dans le décor de Valrose : un coeur surmonté d'un heaume ailé, lui-même sommé d'une étoile... Au premier étage, une vaste enfilade de salons ressuscite les fastes de la Russie Impériale (Grand Salon, actuelle Salle des Actes ; Petit Salon, actuel Bureau de la Présidente de l'Université de Nice ; Salon de Musique, actuel espace Bureaux).

Au-dessus du Théâtre, les baies orientalisantes se découpant sur le ciel constituent une allusion aux origines géographiques de la fortune Von Derwies : la jonction avec les terres d'Orient par voies de chemin de fer - celles du futur Transsibérien (construit entre 1891 et 1916 pour relier Moscou à Vladivostok).                                                                
                                                                                                                       

Le Petit Château

Bâtiment tout en longueur, composite et sans caractère bien marqué, il relève plutôt de la simple demeure bourgeoise. Un balcon en ferronnerie court le long de la façade, coiffée de mansardes elles-mêmes recouvertes d'ardoises en écailles de poisson. Le résultat est peu heureux, comme si l'architecte (Bérenger pour l'essentiel) n'avait pas su à quel parti se rallier, l'idée initiale étant de situer les écuries au rez-de-chaussée... Plus réussi, l'effort décoratif porte sur la cage d'escalier et sur le salon d'honneur, dit " Salle Von Derwies ", où les hôtes de marque (cantatrices et virtuoses pour la plupart) pouvaient répéter en toute quiétude.    

L'Isba

Une isba sous les oliviers... C'est sans doute l'une des plus rares (sinon la seule...) isba authentique et en parfait état que l'on puisse contempler en France. Depuis l'un des domaines ukrainiens du Baron, près de Kiev, elle a été transportée en pièces détachées par la Volga jusqu'à Odessa, puis par mer. Pièces de bois, ferrures, clous, tout a été remonté avec le soin que l'on devait à cette isba de belle taille, toute en rondins de sapin et en bois ouvragé (volets, plafond, encadrements de portes...). Courant en frises sur les parois extérieures et intérieures, des proverbes en alphabet cyrillique s'adressent aux bons vivants : " Bière n'est point nectar, hydromel point ambroisie quand l'amour en douceur les surpasse "... " Plus riche, plus content, contente-toi de ce que tu possèdes ". Ce très bel exemple d'isba russe possède la particularité d'avoir, non pas un toit de chaume comme c'était l'usage, mais une couverture en ardoise à écailles de poisson. Une allée de palmiers y conduit depuis le " Petit Château ", d'où le Baron engageait ses visiteuses à venir visiter ce charmant endroit...

L'Entrée Cimiez

Bien que postérieure à la construction du Château, les deux tours conçues par l'architecte niçois Biasini en sont néanmoins le rappel : pierre blanche (en plus petit appareil), hautes lucarnes, toit pentu, balustrades en fonte quadrilobée. Elles ont fait office de prestigieuse conciergerie !   
Un escalier dérobé à été aménagé dans la paroi rocheuse, de manière à relier plus rapidement l'avenue Prince de Galles (raccourci pittoresque, désormais fermé pour raison de sécurité). Biasini a été le maître d'oeuvre de l'Hôtel Regina, tout proche, destiné à accueillir la Reine Victoria et sa suite ; il a manifestement conçu cette monumentale entrée à la fois comme celle de Valrose et comme celle du quartier Cimiez / Regina. Cette " Entrée Cimiez " concorde donc avec l'essor de ce quartier ainsi qu'avec la réception en grande pompe du Grand-Duc Nicolas le 10 mars 1881 et, plus tardivement, la venue de la Reine d'Angleterre, qui aimait à se promener sous les ombrages de Valrose.  

Les fausses ruines

Peu éloignées du Château, juchées sur une grotte artificielle agrémentée d'une cascade, elles constituaient l'un de ces buts de promenade chers au Baron et à ses hôtes. L'architecte Maraini, assisté du sculpteur Trabucco pour les bas-reliefs (représentant entre autres le Char d'Apollon), a été chargé de s'inspirer des ruines d'un temple romain. Initialement, l'intérieur abritait une pièce carrée éclairée par des vitres jaunes lui donnant " un petit air Dôme des Invalides ".

Les communs

Comme tout grand domaine, Valrose possédait des écuries, des remises et des bâtiments destinés à loger intendant et personnel de service. D'une architecture simplifiée mais toujours soignée, ils se situent en prolongement et en contre-bas des fausses ruines (secteur actuel Infirmerie et Foyer Etudiant).


Texte et photos d'archivesDominique Laredo