Statuaire

Le parc de Valrose était initialement agencé en une succession de jardins "à la française", "à l'anglaise", à "l'italienne", avec des espaces réservés aux plantes odorantes, exotiques, etc., auxquels s'ajoutaient palmeraie et oliveraie. La promenade dans ces " jardins d'Eden " se devait d'être enrichie d'agréments esthétiques : statues, fausses ruines dans le goût romantique et même grotte artificielle... A la création paysagiste de Joseph Carlès s'est donc rajouté l'apport ornemental du russe Wladimir Fabrikant, qui s'est occupé de reproduire plusieurs statues dont les originaux se trouvent à Versailles et au Louvre, et qui renvoient pour certaines au répertoire conventionnel de la mythologie antique.        

On trouve ainsi au bas du grand escalier, qui dominait les parterres à la française, les reproductions de :
- Marie-Adélaïde de Savoie en Diane, accompagnée d'un chérubin d'après Antoine Coysevox (1640-1720), malheureusement très mutilée
- Marie Leczinska en Junon, escortée de son chien d'après Guillaume Coustou l'Ancien (1677-1746) - Louis XIV en souverain victorieux
- un Romain drapé à l'antique (dû à V.F. Cavaroc)
- quatre Lions de Némée en fonte, dues au maître fondeur parisien J. J. Ducel. Ils font référence au lion que tua Hercule en Argolide.

Sous le kiosque au bord du grand bassin (surnommé " Le Lac "), on trouve :    
La chèvre Amalthée et la nymphe Mélissa, en fonte, d'après Pierre Julien (1731-1804). Pierre Julien, qui passa cinq années en Italie après avoir remporté le Prix de Rome en 1768, a tiré profit des modèles de l'antiquité romaine pour exécuter ce qui est considéré comme son chef-d'oeuvre : La Chèvre Amalthée ou La Jeune Fille à la Chèvre (c.1787), seul élément intact d'un ensemble de sculptures ornant à l'origine la Laiterie du Château de Rambouillet. Amalthée est la chèvre qui nourrit Jupiter ; l'une de ses cornes devint la corne d'abondance. Mélissa, prêtresse de Déméter, déesse de la terre cultivée, périt lapidée par ses voisines, à qui elle refusait de révéler les secrets de son initiation. De son cadavre, Déméter fit naître un essaim d'abeilles. Une telle allégorie renvoie à la nature prolifique, incarnée par une séduisante jeune femme qui répondait très probablement à l'idéal féminin du Baron Von Derwies. C'est également la chèvre Amalthée, penchée sur une ruche, qui surmonte l'entrée actuelle du Théâtre. Vue de la cour du Château et à contre-jour, Amalthée évoque étonnamment le bouc du sabba satanique...peut-être pour surprendre les invités du Baron, les soirs de pleine lune !     

Non loin de la grotte consacrée à Bacchus (ancienne Cave à Vins du Château), un Valet de Chiens en fonte, avec deux chiens à ses côtés, tend l'oreille... . Derrière lui subsiste une grotte artificielle ornée de stalactites, aujourd'hui condamnée pour raison de sécurité.                                                                         

Au pied de l'escalier à double volée menant au Château, un groupe sculpté dans une niche, et dû au turinois Giovanni-Battista Trabucco, représente Serge et Véra Von Derwies enfants.
Au caractère descriptif et souriant de la scène - deux enfants de la riche bourgeoisie observent des oisillons extraits d'un nid - s'ajoute l'habileté de la facture, qui font de ce groupe en pierre l'une des meilleures réussites de Valrose. Un Buste de Serge Von Derwies enfant, également dû à Trabucco, est conservé dans l'ancien bureau du baron Von Derwies.

Proche de l'oliveraie (au niveau actuel de la Bibliothèque Universitaire), une Vénus au Bain occupe le centre d'un petit bassin circulaire.

Il s'agit plus précisément de la Baigneuse d'après Etienne Falconet (1716 - 1791) dont l'original en marbre, conservé au Musée du Louvre, date de 1757 et fit partie des collections de Madame Du Barry. Ce modèle de Baigneuse, devenue symbolique du style de Falconet (auteur également de la célèbre statue de Pierre le Grand, place de l'Amirauté à Saint - Pétersbourg), a été largement diffusé par les biscuits de Sèvres.

Une réplique similaire à celle de Valrose se trouve dans le parc de la très riche demeure (actuel Centre pédagogique et Culturel S. Patino) que fit édifier Simon Patino à Cochabamba, en Bolivie, entre 1915 et 1927 - alors qu'il était justement propriétaire de Valrose depuis 1920.     

En se dirigeant vers le " Petit Château ", au niveau inférieur du parc, on aperçoit sous les ombrages un Cheval en fonte, quasiment grandeur nature, attribué antérieurement au prince Paul Troubetzkoï (1866 -1938), émule de Rodin. 

Bien éloignées du modernisme de TroubetzkoÏ, deux Sphinges en pierre chevauchées par un Eros en fonte encadrent le portail d'entrée côté Cimiez. L'original de ces Sphinges orne les abords gauches du Petit Pavillon des Jardins de Bagatelle.

A proximité des bâtiments de Chimie, une statue contemporaine (datant de l'inauguration de l'Université, en vertu du 1% dédié à la commande publique) représente le Génie ailé de la Chimie tenant un réseau de molécules par De Crozals.      

A l'entrée du parc (côté Valrose, en prolongement du pavillon d'accueil), on remarque un Chien sur son piédestal ... qui peut être considéré de prime abord comme un chien aboyant à l'arrivée des visiteurs. Ambiguïté visuelle plus ou moins délibérée car, en contournant la statue, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un véritable groupe sculpté dans l'albâtre, très proche de la statuaire funéraire par son format et sa conception : le chien secouriste hurle à la mort car une fillette en capuche gît allongée dans la neige, sa pile de cahiers à proximité. Ce groupe est signé d'un statuaire parisien établi 10, rue de la Paix : V. F. Cavaroc.                                                                           

Deux bassins ornés de sculptures en fonte agrémentent le Parc :

- le premier, dans l'axe d'une ancienne gloriette, est au centre d'un quadrilatère formé par quatre vases Médicis en pierre richement sculptée, à anses en cornes de bélier. Un Cygne entouré de cinq Néréides (nymphes peuplant les mers et que l'on peut apparenter aux sirènes) constitue le sujet principal. On peut logiquement rattacher ce cygne au mythe de Léda, quand on sait que celle-ci se transforma en poisson puis en oie sauvage pour échapper aux poursuites amoureuses de Zeus, lequel se métamorphosa en cygne pour arriver à ses fins... De leur union naquirent Castor et Pollux, qui sont notamment les dieux de l'hospitalité. Les vases Médicis sont ornés de frises renvoyant à des modèles de vases antiques. Ces frises illustrent les amours d'Amphitrite et de Poséidon, dieu de la mer qui règne aussi sur les eaux douces et sur les Néréides. En fait d'eau douce, un bassin surmonté d'un curieux motif stylisé, inspiré par les chapiteaux à fleurs de lotus, était abrité dans une niche profonde, au-dessous de la gloriette, parallèle au bassin.                                                                                                                                                                                      
- le second bassin, ou Bassin aux Nénuphars, se situe exactement dans l'axe du Château et s'orne conventionnellement de cinq chérubins potelés.

Une fontaine monumentale en fonte (dite Fontaine aux Putti) agrémente la Terrasse Belvédère parallèle à la façade Nord du Château.

Les mêmes sujets mythologiques (cygne de Léda, Poséidon et Amphitrite, Castor et Pollux, Vénus entourée de petits Cupidons) se retrouvent par ailleurs dans la décoration peinte et stuquée du Château, ce qui établit tout un subtil jeu de renvois entre l'ornementation intérieure et extérieure de Valrose.

Dans un souci manifeste de jeu de perspectives, on retrouve plusieurs vases (ou cratères) géants en fonte couronnant la toiture du Théâtre, et l'initiale "D" de Derwies, en façade Nord comme en façade Sud. Sur cette dernière s'inscrit une superposition complexe : vase en pierre dans une niche cantonnée de deux colonnettes, surmonté d'une étoile et de l'initiale "D", eux-mêmes surmontés d'une statue de nymphe s'encadrant dans une baie orientalisante et sommée d'un cratère. Symétriquement, la même superposition est surmontée cette fois d'une statue d'empereur romain, reconnaissable à sa toge et à sa couronne de lauriers... Peut-être César faisant alors le pendant d'une Cléopâtre romanisée, telle qu'elle était fréquemment figurée à la fin du XIXème siècle.

Pierre, bronze et fonte s'allient aux sujets mythologiques et animaliers pour composer une statuaire ornementale allusive, dont le Baron était peut-être seul à pouvoir commenter toutes les subtilités auprès de ses hôtes...                                                                                                                                        

 
Textes et photos d'archives : Dominique Laredo