Fabienne D'ARRIPE-LONGUEVILLE

Directrice de laboratoire

En août 2016, les JO de Rio nous ont tenus en haleine. En lien avec cet événement exceptionnel, nous présentons ce mois-ci le laboratoire interuniversitaire LAMHESS – Laboratoire Motricité Humaine, Education, Sport, Santé – localisé principalement à la faculté des sciences du sport (STAPS) de l’UNS, qui dispose également d’une antenne à l’Université de Toulon. 

C’est Fabienne D’ARRIPE-LONGUEVILLE, directrice du LAMHESS, qui nous a reçus pour en parler.

Après des études à l’UFR STAPS de Nice, et 3 ans comme professeur d’EPS dans le secondaire, Fabienne obtient 1 DEA puis 1 Doctorat dans le domaine de la psychologie sociale. En 1994, elle est recrutée à l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) - centre d’excellence du sport de haut niveau en France, comme chercheur en psychologie du sport. Pendant 8 ans, elle y fait à la fois de la recherche dans ce domaine et des interventions auprès de sportifs de haut niveau pour les préparer mentalement aux épreuves.

En 2002, elle est recrutée comme Maître de Conférence à l’UNS et en 2008, devient Professeur d’Université. A partir de ce moment, elle travaille davantage sur le domaine des transgressions sportives c’est-à-dire ce qui amène un athlète à tricher. Puis Fabienne évolue progressivement vers le domaine de la psychologie de la santé, les activités liées au sport-santé. 

Le sport-santé, des activités physiques à des fins de santé pour les personnes vulnérables

Ce domaine de recherche a une utilité sociale très importante. Il existe des barrières psychologiques communes à toutes les populations à l’engagement dans l’activité physique : pas envie, pas le temps, trop cher, trop loin… Ce qui intéresse le LAMHESS, ce sont les barrières psychologiques qui incluent les freins liés à la motivation mais également ceux spécifiques aux populations vulnérables qui ont des barrières liées aux perceptions d’elles-mêmes entraînant le déconditionnement. S’appuyant sur les recherches de leur laboratoire, l’UFR des Sciences du Sport propose des diplômes pour former les futurs professionnels qui encadreront ces activités adaptées, en partenariat avec le CHU de Nice, la Ville de Nice et des structures privées. Mais c’est également un secteur en plein développement qui comporte des enjeux de financement, de contrat pour les activités de recherche, d’encadrement de thèses. Cette thématique a « toute sa place dans le cadre de l’IDEX et du centre de référence "santé, bien-être et vieillissement" ». 

« Les salariés sont également une population cible ». La sédentarité (le temps passé assis) est un facteur à risque. « On peut être sportif et sédentaire » souligne Fabienne. Le LAMHESS étudie l’impact de la sédentarité sur certaines pathologies, mais également le rôle modérateur de celle-ci sur l’activité physique. En parallèle, les chercheurs étudient les mécanismes qui font qu’une personne va changer durablement de comportement vers un mode de vie plus actif et quelles sont les conditions d’accompagnement de ce changement.

Deuxième volet de recherche du LAMHESS : le sport de performance

Là aussi, le laboratoire développe beaucoup de contrats et de collaborations. Cet objet de recherche amène un rayonnement du laboratoire de local à international.

Pour les JO de Rio justement, des chercheurs du LAMHESS sont très investis dans la préparation des jeux. Ils accompagnent des équipes françaises de volley de rugby, pour une optimisation de la performance des sportifs.

Concernant la question du dopage, plus on s’élève dans le niveau de compétition, plus il y a de probabilités de transgression. « Normalement nous allons faire du sport pour le plaisir, pour perdre du poids ou pour être avec les copains par exemple. Pour le sportif ça va être pour la performance et au-delà de la performance pour être le premier ».

Et lorsque le sportif ressent qu’il n’a pas les compétences nécessaires pour atteindre cet objectif, il va jusqu’à la transgression : prise de produit dopant, surentraînement provoquant la blessure…

Le LAMHESS vient de terminer un important projet soutenu par l’agence mondiale anti-dopage qui avait pour objectif de travailler sur les habiletés d’auto-régulation des athlètes de haut niveau.

Parmi les facteurs de protection, on trouve les valeurs sportives et morales du sport de haut niveau comme l’équité et le dépassement personnel. Mais c’est aussi la capacité mentale à affirmer son propre point de vue qui ferait partie de nos traits de personnalité et de la socialisation que l’on a reçue. Cette dernière serait aussi entrainable et c’est pour cela qu’on parle d’habileté. Il s’agit alors de préparation mentale.

Dans notre culture française, si on parle de « préparation mentale », on voit surtout l’aspect psycho-pathologique. Alors que les Nord-américains, en particulier au niveau du sport, enseignent aux enfants les habiletés mentales (motivation, capacité à gérer ses émotions, à se concentrer, à analyser ses erreurs) au même titre que les habiletés physiques. L’idée n’est pas de remédier à un problème mais d’optimiser les performances.

« Depuis 8 ans, on a beaucoup œuvré pour que ce laboratoire se développe. On a également été beaucoup soutenu par l’université. On a pu faire des recrutements de qualité, produire de nouvelles connaissances. Mais aussi, et c’est essentiel, vivre une aventure collective ; la recherche est un travail collectif qui repose sur des interactions sociales perpétuelles. » conclue Fabienne d’Arripe-Longueville.